Archive pour la catégorie 'Narrations/Contes'


SALOME.

1 avril, 2011
Narrations/Contes | Pas de réponses »

         

Il y a quelques années mon mari et moi avons vécu une bien belle tranche de vie dans notre village d’Alsace.

Elle a pris naissance un samedi au tout début du mois de mai. À ce moment de la saison, en Alsace, il fait souvent encore bien froid, surtout si c’est la tombée de la nuit et qu’il pleut.

Devant notre maison, face au bureau de mon mari, poussait un magnifique épicéa et depuis quelques semaines plusieurs couples de merles y avaient élu domicile à différents niveaux. Ce soir-là, mon mari qui travaillait sur un dossier, fut soudain alerté par un vacarme inhabituel survenu pratiquement sous sa fenêtre. Il sortit rapidement pour constater que deux pies achevaient de détruire le nid le plus proche du sol malgré les protestations véhémentes et impuissantes des propriétaires des lieux. Depuis plusieurs jours je surveillais les œufs lorsque la femelle s’absentait et je savais que trois oisillons venaient juste d’éclore, ce qui avait vraisemblablement attiré les deux cruelles tueuses.

L’apparition de mon mari fit fuir les tueuses et il m’appela aussitôt. Deux des oisillons étaient morts, tués à coups de becs, mais le troisième ne se trouvait pas dans les débris du nid tombé au sol.

Je le découvris finalement, petite chose nue et trempée au milieu d’un amas d’aiguilles d’épicéa. Les yeux encore fermés sur sa si courte vie, sans doute épouvanté par les cris de ses parents et sa chute, il était pourtant bien vivant. Je pleurai à chaudes larmes en le prenant dans le creux de mes mains pour essayer de le calmer et de le réchauffer.

Le nid était inutilisable et il commençait à faire trop sombre pour laisser ce pauvre petit être dehors. Ses parents ne pouvant rien pour lui dans de telles circonstances je décidai de le garder pour la nuit en me disant qu’ainsi il pourrait au moins mourir au chaud.

Aussitôt rentrée je me mis à la recherche d’une coupelle que je tapissai de coton avant d’y déposer l’oisillon et de recouvrir le tout d’un tissu léger.

Quelle ne fut pas ma surprise, en soulevant l’étoffe le lendemain matin, de trouver un bec largement ouvert en lieu et place du petit cadavre que je redoutais ! La vue de ce gouffre jaune et avide déclencha une nouvelle crise de larmes, provoquée cette fois par une immense joie.

Mais que faire ? Cet appel de la vie, cet évènement, se produisait un dimanche. Où trouver la nourriture adaptée à ce ventre affamé ? Mon mari entreprit de retourner les pierres du jardin afin d’y dénicher quelques insectes susceptibles de satisfaire l’appétit de mon petit protégé qui goba tout ce qui lui était présenté : morceaux de vers de terre, petites portions de scolopendres, cloportes roulés en boules et que sais-je encore. Il en fut ainsi toute la journée. L’oisillon ne voyait pas, mais il entendait parfaitement. Le moindre bruit dans son environnement immédiat le sortait du sommeil et le grand bec jaune s’ouvrait largement, accompagné de piaillements qui faisaient tressauter son petit corps nu.

Tout le dimanche fut consacré à mon petit pensionnaire. Le temps était resté à la pluie et les parents de l’oisillon ne se manifestaient plus, peut-être déjà attelés à la préparation d’une nouvelle nichée après avoir constaté la destruction définitive de la première.

Dès l’ouverture de la pharmacie, le lundi matin, je fis l’acquisition d’une pipette et de petits pots pour bébés, mélange de viande, de légumes et de fruits. Le gavage put reprendre. Quand le petit avait faim, il ouvrait le bec. Quand l’un de nous touchait ce même bec avec la pipette, il en déclenchait l’ouverture. Et ce qui entrait par l’avant provoquait une sortie par l’arrière avec la même régularité. Cependant, contrairement à nos petits à nous, humains, il ne salissait jamais sa couche. Ses déjections étaient emballées, enrobées d’une peau transparente et il soulevait son derrière pour les rejeter hors du nid qu’était devenue la coupelle.

Bientôt son crâne, son croupion et l’extrémité de ses moignons d’ailes, s’ornèrent d’un inesthétique duvet. Je ne vis pas vraiment la transformation, mais un jour l’oisillon fut couvert de plumes et il quitta sa coupelle pour sautiller sans façon dans la pièce.

Cette sortie inaugura une nouvelle période dans la vie de mon protégé que bec et plumage, uniformément bruns, désignèrent comme une future maman à qui il fallait maintenant donner un nom.

Un véritable conseil de famille fut réuni pour la circonstance et le choix se fixa sur Salomé.

J’oubliais de préciser que nous avions deux chiens, une femelle de teckel à poils longs et un berger allemand, et que l’intrusion de Salomé aurait pu ne pas être appréciée. Un signe du doigt avait suffi à fixer définitivement les limites et jamais les chiens ne lui firent le moindre mal. Elle pouvait passer sous leur nez sans provoquer de réaction autre qu’olfactive. Ils la reniflaient en remuant leur truffe comme des lapins.

Nous avions dans la cave une petite cage destinée à d’éventuels sauvetages. Installée dans la salle de séjour, elle sembla convenir à Salomé qui en fit aussitôt son domicile. Elle se perchait toujours sur le même barreau à la tombée de la nuit, et je couvrais le tout d’une serviette pour l’abriter de la lumière.

Puis l’oisillon grandit. Portes et fenêtres étant ouvertes, Salomé entreprit d’étendre son territoire. Elle voletait et le jardin reçut ses visites de plus en plus fréquentes, toujours sous l’œil intéressé des deux chiens qui l’avaient suffisamment adoptée pour me donner l’impression de la protéger.

J’étais sur le pas de la porte lorsqu’elle s’élança pour son premier véritable envol. Je poussai un cri en la voyant disparaître derrière le mur de clôture, mais ce n’était qu’un vol boomerang qui la ramena dans les pattes du teckel surpris. Seulement cette expérience marqua une nouvelle étape dans sa vie. Elle osa s’éloigner plus souvent et plus longtemps, revenant toujours réclamer sa pitance. Elle avait atteint sa taille définitive, mais n’en continuait pas moins à se faire nourrir et à arpenter sur ses deux pattes les moquettes de la maison.

Lorsqu’elle s’éloignait trop longtemps à mon gré et que je l’appelais, inquiète, elle arrivait toujours à tire d’ailes et se posait près de moi ou sur ma main, tendue pour l’accueillir. Parfois aussi, si tout était fermé, elle tapait vigoureusement aux carreaux pour protester.

Et puis un soir, vers la mi-août, alors que nous étions invités à prendre l’apéritif chez des voisins, elle nous survola avec des petits cris. Elle était en compagnie d’un mâle dont l’aile gauche s’ornait d’une surprenante plume blanche.

Salomé venait de nous dire adieu. Sans doute avait-elle choisi son compagnon et voulait-elle nous le faire savoir.

L’année suivante, il y eut dans le jardin un couple dont le mâle avait une plume blanche à l’aile gauche, mais sa femelle ne répondit pas à mes appels. Salomé avait gardé le souvenir des lieux, pas de ses occupants. Depuis, d’année en année, il y a toujours, soit dans notre jardin, soit dans le quartier, au moins un merle noir avec une plume blanche qui siffle pour annoncer la pluie.

Il m’arrive souvent d’avoir un petit pincement au cœur en pensant à elle après toutes ces années, mais c’est avec le sentiment de lui avoir donné du bonheur en même temps que la vie.

 

                                                                     Solange et Antoine CHABREH.

LE PETIT SAPIN BONHEUR.

1 avril, 2011
Narrations/Contes | Pas de réponses »

 

                          

Il était une fois, dans une profonde vallée d’Alsace cachée au cœur des Vosges, un joli petit sapin blotti entre papa et maman.

Les derniers rayons du soleil, dans un ciel encore tout bleu et sans nuages, faisaient scintiller les milliers d’arbres engourdis par le froid sous un épais manteau de neige.

C’était la veille de Noël et, dans quelques heures, la fête illuminerait les maisons et les cœurs.

Au fond de sa vallée, le petit sapin était très malheureux. Tout beau, tout droit et bien touffu, à peine revêtu de neige car abrité sous la ramure de ses parents, il pleurait depuis des heures parce qu’une affreuse araignée s’était emparée de ses aiguilles. Elle y avait tissé une toile immense au centre de laquelle elle s’était installée pour l’hiver. Par sa faute, les hommes venus couper des sapins pour décorer les maisons, ne lui avaient jeté qu’un regard méprisant. Qui aurait voulu de lui, ainsi arrangé ?

Papa et maman avaient beau essayer de le consoler, le petit sapin ne pouvait retenir ses larmes et même la tombée de la nuit, avec son cortège de froidure, ne parvenait à endormir son chagrin.

 Désespéré, il pleurait doucement lorsqu’un rayon de lune vint soudain se poser sur lui. Surpris, il se redressa et assista, médusé, à l’arrivée d’une fée. Tout habillée d’argent, sa longue chevelure d’or lui couvrant les épaules, elle chevauchait le rayon de lune et tenait une baguette au bout de laquelle brillait une étoile. En se posant, elle tendit vers lui sa baguette et demanda :

- Pourquoi tout ce chagrin, joli petit sapin ? Dans quelques heures Jésus va naître et son père veut que le monde entier soit heureux.

- Ne vois-tu pas ce qui m’arrive, Madame la fée ? Une méchante araignée m’a couvert de vilains fils gris et les hommes n’ont pas voulu de moi pour décorer leurs maisons. Je suis pourtant certain d’être né pour apporter du bonheur aux petits enfants ! Regarde-moi, je n’ai pas de défauts, mes parents y ont veillé.

- Pourquoi te plains-tu ? Tu devrais être heureux, au contraire ! La vilaine araignée t’a permis de rester en vie. Elle partira un jour et tu pourras grandir entre tes parents.

- Mais je ne veux pas rester ici, sans autre avenir que d’être un jour transformé en un tas de bois à brûler ! Je te dis que je suis né pour voir briller la joie dans le regard des enfants et leur donner du bonheur ! Tu dois pouvoir m’aider, toi, puisque c’est le père de Jésus qui t’envoie.

La jolie fée sembla hésiter un moment, puis, devant la douleur persistante du petit sapin, elle sourit et tendit à nouveau sa baguette magique. Elle la posa au cœur de la toile et, dans le même instant, l’araignée se métamorphosa en une étoile d’où partirent des guirlandes d’argent qui scintillèrent sous la Lune. D’un autre geste de sa baguette elle fit tomber des pommes de pins et les disposa sur ses petites branches où elles se transformèrent en boules de lumière.

- Là, es-tu heureux ? lui demanda-t-elle.

- Je suis si beau maintenant, jolie fée, mais qui viendra encore me chercher si loin des hommes et alors que la nuit descend ?

- Ne t’inquiète pas, petit, ton bon cœur sera récompensé, lui répondit-elle.

Sur ces mots la fée remonta sur le rayon de lune et l’ombre envahit à nouveau ce petit coin de la vallée.

Non loin de là, dans une clairière isolée au milieu de la vaste forêt, vivait un pauvre bûcheron avec sa femme et ses deux petits garçons. Dans la modeste cabane qui leur servait d’habitation, la seule lueur de gaieté émanait du feu dont les flammes leur réchauffaient le corps. La femme était malade et le bûcheron avait utilisé le peu de sous dont il disposait encore pour acheter des médicaments. Les bambins adoraient leur maman et de savoir que grâce aux médicaments elle allait pouvoir guérir suffisait à leur faire oublier que Noël, cette année-là, ne serait pas une vraie fête pour eux.

Mais pour le pauvre bûcheron la tristesse de cette nuit, qui aurait dû apporter un peu de joie à ses petits, devint vite intolérable. N’y tenant plus il sortit de la cabane et s’assit sur un petit banc de bois qu’il avait réalisé de ses mains. Indifférent au froid et à la neige qui le recouvrait lentement il se mit à prier, implorant le ciel de faire en sorte que sa femme guérisse vite et que ses enfants ne soient pas trop malheureux en cette nuit magique.

Tandis qu’il priait minuit sonna au clocher du village, quelque part au loin, mais il ne l’entendit pas. C’est un petit rire cristallin qui le sortit de son engourdissement. Il leva les yeux et sous son regard étonné, dans une bulle de clarté, souriait la fée habillée d’argent. De sa baguette magique elle montrait le petit sapin qui ruisselait de mille lumières. Le plus étrange c’est que le petit sapin était debout sur ses racines qui remuaient doucement. Le bûcheron se dressa, ne sachant plus s’il devait en croire ses yeux ou si la folie s’était emparée de son âme désespérée. C’est alors que la jolie fée parla :

- Il est minuit, brave bûcheron, Jésus vient de naître et la joie doit régner dans tous les cœurs. Tes prières ont été entendues et cette nuit ne verra pas la tristesse régner sur ta maison. Prends ce petit sapin. C’est lui qui a demandé à faire le bonheur d’un foyer. Demain, trouve-lui un emplacement proche de ta cabane où cacher ses racines. C’est un sapin enchanté, un sapin bonheur. Il grandira près de vous et sera votre compagnon pour la vie. Vous vivrez heureux à ses côtés, désormais et ta femme va guérir très vite.

Avant que le bûcheron ait pu balbutier quelques mots de remerciement il y eut un bref éclair et la fée disparut, le laissant planté, indécis, face au petit sapin dont les racines s’agitaient toujours.

- Veux-tu bien me rentrer, s’il te plaît, bûcheron, j’ai un peu froid aux racines et les gâteaux accrochés à mes branches par la gentille fée n’aiment pas la neige !

Eh oui ! La nuit de Noël, même les petits sapins sont capables d’utiliser le langage humain. Il suffit seulement d’y croire fort, très, très fort.

                                                                             

                                                                        Solange et Antoine CHABREH

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                    

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