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sept 2011
-8-FUKUSHIMA:D’UNE PIERRE DEUX COUPS
Posté dans Fables par lesfablesdechabreh à 6:50 | Pas de réponses »

 

Sur le rebord de fenêtre qui lui sert de tribune et d’observatoire, l’oiseau bavard se tourne vers sa femelle, apparemment inquiète, et un merle trépidant venu aux nouvelles car l’orateur n’avait plus été visible un long moment aux yeux de tous les animaux présents dans le jardin. Sans lui laisser le temps d’ouvrir le bec, sa compagne l’interpelle avec une force en rapport avec sa crainte :

- Où étais-tu passé ? Tu n’étais plus dans le jardin, ni sur ce perchoir à informations ! On a tous eu peur !

- Je t’avais bien dit que je finirais par m’installer sur son épaule pour mieux lire sur les écrans. Eh bien ! c’est fait. Ni disparition, ni mystère, j’étais seulement à l’intérieur et sur son épaule.

- Et il n’a pas protesté ?

- Au contraire, il m’a même demandé pourquoi j’avais été si long à me décider et qu’il faisait exprès de cacher en partie l’écran pour me forcer à le rejoindre.  Ah ! il m’a aussi dit que ses amis l’appellent Vic, un diminutif de Victor, son prénom.

- Et c’est supposé nous intéresser ? l’interroge le merle.

- Il faut croire. Je suppose qu’il veut dire par là qu’il nous considère tous comme des amis, rien de plus.

- Alors, va pour Vic ou Victor. Et qu’est-ce que tu as vu, perché sur son épaule ? reprend sa compagne.

Le mâle reste un moment silencieux, comme pour rassembler ses idées avant de se tourner vers le jardin et constater que les divers occupants des lieux sont maintenant à l’écoute, comme chaque fois qu’ils pressentent l’arrivée de leur journal épisodique.

- Si j’en crois l’intime conviction de Victor, ce que la planète a infligé au Japon aura des répercussions mondiales dans la durée. Je n’ai vu sur l’écran que de nouvelles images des dégâts causés par le tremblement de terre et le tsunami monstrueux, mais ce sont les réflexions de Vic qui ont retenu mon attention. Il a commencé par me dire que le Ciel a fait d’une pierre deux coups avec cette catastrophe : punition d’un côté et prise de conscience mondiale de l’autre.

- Tu peux essayer d’être plus clair ? demande monsieur lapin en se postant, de deux bonds, juste sous la fenêtre et en se dressant sur ses pattes de derrière pour être au plus près, comme à son habitude.

- Il y a punition à cause des méfaits contre le milieu marin et le pillage des océans, dont sont victimes les baleines et les requins, pour ne citer qu’eux. Et là il reconnait être toujours dans son hypothèse de punition, mais hypothèse plausible tout de même car le Japon cherche en permanence à obtenir la voix des petits pays pour augmenter les quotas lui permettant de faire encore plus de martyrs chez ces êtres intelligents que sont les baleines. Il dit aussi que les défenseurs des cétacés sont souvent assassinés. Il ajoute que les Japonais n’en ont pas fini avec cette punition s’il en croit les perpétuels sursauts de leur sol, et les actions des typhons, des inondations et autres calamités qui se succèdent chez eux. Et pour répondre à l’attente de tous dans ce jardin, il y a, en deuxième lieu, la prise de conscience mondiale de la dangerosité du nucléaire. Dangerosité qui, elle, n’a rien d’hypothétique car, je ne fais que répéter ses paroles, la dernière « race-mère », celle qui nous a précédés, a déjà mis la planète hors d’usage pour des millions et des millions d’années à cause de cette malédiction nucléaire.

- De quoi tu parles ? l’interrompt abruptement le lapin.

- Oui, qu’est-ce que c’est qu’une « race-mère » ? complète la femelle de l’orateur.

- C’est la vie qui nait dans les océans du globe, évolue jusqu’à l’homme et subsiste jusqu’à ce que ce même homme mette la planète dans un tel état qu’elle se voit contrainte de le renvoyer au néant afin de se refaire une santé. Et la dernière fois la mise à mal est déjà venue de l’énergie nucléaire. Mais les « races-mères » ce sera pour une autre fois, si j’en apprends plus sur le sujet.

- Je te le rappellerai, fait monsieur lapin très décidé et intéressé. Alors, la prise de conscience ?

- Il ne se passe pas une journée sans qu’une association ou un pays ne manifeste son désir de sortir du nucléaire. La catastrophe survenue au Japon a instillé la peur un peu partout, même sans avoir connaissance de la disparition totale de la vie qui lui a été imputable dans un lointain passé, et cette peur devrait pousser les recherches vers des solutions de remplacement.

- Devrait ? Pourquoi seulement devrait ? fait la sittelle, accrochée tête en bas à son tronc.

- Parce qu’apparemment ce n’est pas une situation qui peut se régler rapidement. Sortir vite du nucléaire, comme le préconise l’Allemagne, par exemple, revient à retourner, du moins dans l’immédiat, vers l’usage du charbon et ses émanations systématiques dans l’atmosphère, comme cela se pratique dans bon nombre d’autres pays.

- Autrement dit, reprend la sittelle, toujours fixée au tronc du cerisier, cela revient à choisir entre la peste et le choléra ?

- Ce sont exactement les mots employés par Victor. Il dit qu’avec les connaissances actuelles il reste les éoliennes et les panneaux solaires, mais qu’il faudrait en couvrir la planète pour faire face aux besoins de l’humanité en électricité et que ce sera long. Les éoliennes, par leur bruit et leurs infra-sons provoquent aussi des maux de têtes et les panneaux solaires sont, eux, très énergivores dans leur fabrication et utilisent des terres rares qui sont en voie d’épuisement. De toutes manières, et entre temps, il va bien falloir faire avec ce qui existe et continuer à empoisonner la planète, lentement avec le charbon, ou brutalement en cas d’accident nucléaire. Il ajoute aussi que les Allemands se fichent des écolos car, s’ils ne fabriquent plus d’électricité nucléaire eux-mêmes, ils en importeront de France.

- En clair, l’humanité est foutue de toute manière, et nous avec par la même occasion, décrète monsieur lapin en retombant sur ses quatre pattes. De plus en plus d’hommes et de plus en plus de besoins en énergie ! En un demi-siècle ils ont réussi à tout foutre en l’air ! Ce n’est pas Victor qui avait déjà parlé du solaire comme seule solution ?

- Si, mais pas avec les panneaux, trop envahissants dans le cadre des actuelles possibilités. Il faisait allusion à quelque chose comme des minis soleils capables de produire, sur des secteurs limités, les mêmes effets que le grand, au-dessus de nous. Les Atlantes et d’autres, avant ou en même temps qu’eux, utilisaient cette technique dont il dit qu’il y a un spécimen sous le Grand Sphinx et un autre au fond de la Mer des Bermudes. Les découvertes pour l’usage du Soleil comme énergie auraient été la solution, mais tous ceux qui ont approché les moyens d’en canaliser les forces ont été découragés ou éliminés par et au profit de ceux qui se fichent pas mal du bien de l’humanité, comme les pétroliers.

- Ces mêmes pétroliers qui forent maintenant en Arctique et vont polluer un des derniers coins encore sains de la planète en attendant de s’en prendre à l’Antarctique ! s’indigne le héron qui semble avoir eu un nouvel entretien avec des mouettes.

- Oui, et ce que craint Vic, renchéri le mâle au bec noir et puissant, c’est qu’en cas de mouvement violent, si la planète se rebiffe, si elle se secoue, il y ait rupture de ces tuyauteries qui s’enfoncent dans les océans pour relier les plateformes flottantes aux forages et qu’alors le pétrole en vienne à se déverser partout !

- Comme dans le Golfe du Mexique ? s’épouvante la sittelle qui a remis son corps dans le sens de la remontée.

- Dans le Golfe du Mexique, il n’y avait qu’un puits, je crois, alors vous imaginez la catastrophe si les forages existant déjà un peu partout et ceux qui sont à venir, viennent à se rompre un jour à l’occasion d’un mouvement de la planète ?

- Tout le pétrole qui est piégé dans les poches de la croûte terrestre s’échappera et recouvrira une grande partie des mers et des océans ! Saloperie de pétroliers ! jure le lapin.

- Alors, récapitule la petite taupe toujours installée entre les pattes de héron et que son existence de foreuse de galeries n’éloigne pas des réalités, que ce soit par le nucléaire, par le charbon, ou par le pétrole, les humains sont bel et bien en train de fiche en l’air cette magnifique planète. Aujourd’hui, demain ou un peu plus tard, c’est devenu inéluctable !

- Oui, petite, reprend la pie mâle, même si nous avons débordé du problème du nucléaire, la recherche humaine en énergie a un potentiel de destruction chaque jour plus effrayant ! Et que dire du réchauffement climatique qui va ouvrir plus d’espace à ces forages en réduisant les glaces des pôles ?

- Et il en conclut quoi, l’ami Vic qui a le don de nous flanquer de plus en plus la trouille de finir en steak haché ? se rebiffe maître lapin peu enchanté de subir les choses.

- Que les humains de la planète n’ont plus guère de temps pour décider de leur survie et qu’avec ou sans l’intervention des orques, il serait salutaire pour eux d’écouter l’avertissement donné avec la catastrophe de Fukushima et de se tourner une bonne fois vers la recherche solaire. Ce n’est pas pour rien que les civilisations du passé, jusqu’à l’Egypte, vénéraient  le Dieu Soleil.

 

 

 

 

                                                                          Antoine CHABREH

 


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