5
avr 2011
-7- QU’EN EST-IL DU 21 DECEMBRE 2012 ???
Posté dans Fables par lesfablesdechabreh à 10:15 | Pas de réponses »

        

Notre amie la pie mâle est à nouveau sur son rebord de fenêtre à l’affut des images et sons qui émanent des appareils installés par l’homme, celui que la plupart des occupants du jardin désignent maintenant comme leur homme. Ils n’en sont pas encore à l’appeler par son prénom, mais cela ne devrait plus tarder.

Une amicale complicité s’est instaurée, au fil des jours, entre l’humain et le volatile. L’homme parle à l’oiseau parce qu’il sait que celui-ci le comprend, tout comme il a deviné qu’il comprend les images et les commentaires qui défilent sur les écrans et qu’il le croit capable de transmettre ce qu’il voit et entend aux autres habitants du jardin. Habitants de plus en plus nombreux d’ailleurs et de plus en plus divers, attirés par le bouche-à-oreille.

Pour parfaire cette complicité il a mis dans un coin une coupelle avec de l’eau, et déposé à côté des graines et un trognon de pomme, espérant par là éviter au volatile d’avoir à s’éloigner trop souvent pour se sustenter.

- Quoi de neuf aujourd’hui ? demande la fidèle compagne du mâle, venue le rejoindre, désormais libérée des craintes des premières fois, et qui en profite pour picorer.

- Je vois que tu apprécies sa nourriture.

- Il est au moins aussi intelligent que nous autres pies et il ne veut pas que tu t’éloignes trop souvent pour manger, même si ce n’est pas ce qui convient vraiment à nos palais.

- Et mon intelligente compagne tient à profiter de sa générosité. Cela dit, lorsqu’il est devant son écran d’ordinateur il me cache les images. Je me demande si je ne vais pas devoir m’installer sur son épaule.

- Tu n’as pas peur ?

- Ne sois pas idiote et surveille tes paroles, tout le jardin nous écoute ! Maintenant tais-toi. À la télé il est question du 21 décembre 2012 et c’est passionnant.

- C’est quoi le 21 décembre…

- Pas maintenant ! Tu vas me faire perdre le fil de ce documentaire !

Un peu plus tard madame pie revient, son compagnon étant sorti de son immobilité de statue, preuve de la fin du film.

- Alors c’est quoi, ce 21 je ne sais plus quoi ?

- C’est la fin du monde annoncée il y a très longtemps par un peuple qui a disparu, le peuple maya.

- Un peuple qui a fait une prédiction terrible, mais n’a pas attendu la réalisation de cette prédiction pour disparaître ? ironise doucement la femelle.

- Il a rencontré la civilisation occidentale dans ses représentants de l’époque, les Espagnols, et ça ne lui a pas vraiment réussi.

- Ils ont fait quoi les Espagnols ? demande une petite mésange curieuse qui s’est posée d’un coup d’aile près du couple.

- Ils ont apporté leur art de la guerre, leur goût du sang et du massacre si tu préfères, et leur fanatisme religieux imbécile qui leur imposait de détruire individus et objets non conformes à leurs prétendues valeurs. Les choses ne se sont guères améliorées de nos jours si l’on se réfère aux bouddhas géants qui ont été dynamités au Pakistan. Mais il faut aussi prendre en compte les maladies mortelles contre lesquelles les Mayas n’étaient pas immunisés.

À l’image de la petite mésange, c’est tout le peuple du jardin qui s’est maintenant avancé à portée de voix. La paix règne entre les espèces de ce refuge au point qu’une mignonne taupe cligne des yeux dans la lumière qui l’éblouit sans se rendre compte qu’elle est entre les immenses pattes du héron qui n’en a cure.

- Et alors ? s’impatiente bien vite un écureuil qui ne veut rien perdre de ce 21 décembre 2012.

- Eh bien ! les Mayas, qui écrivaient en faisant des petits dessins dont il ne reste pratiquement que les traces gravées dans la pierre, ont annoncé la fin du monde pour le 21 décembre 2012. On en aurait sans doute appris plus si les Espagnols n’avaient pas brûlé les textes écrits sur des livres en papier d’écorces.

- Mais c’est pour bientôt ça ! s’inquiètent deux ou trois petites voix incertaines.

- Ce ne sera évidemment pas la fin totale du monde, les amis, pas une grande catastrophe, mais un changement qui a déjà commencé et qui conduit vers l’apparition de sages pour gérer le monde, avec quelque chose comme une menace sur les dirigeants actuels.

- Alors les inondations partout, les tremblements de terre de plus en plus nombreux, les tornades, les volcans, les tsunamis, toutes ces manifestations dont tu nous parles souvent et qui s’enchaînent à un rythme de plus en plus fréquent, c’est le commencement ? l’interrompe une sittelle accrochée tête en bas au tronc du cerisier.

- C’est en tout cas ce qui se dégage de tout ce que l’on entend et qui est à retenir de l’accumulation des catastrophes, confirme notre amie la pie mâle.

-Et les derniers évènements du Japon ne sont pas là pour calmer le jeu de la Nature, relève la huppe toujours aux avant-postes, crête plus que jamais en effervescence.

- Au contraire, ce serait plutôt comme un nouvel avertissement, et pas des moindres. Si je ne me trompe pas, ici même il n’y a pas très longtemps, en nous révoltant contre le massacre des dauphins et des baleines par les Japonais, nous avions pensé qu’une punition finirait un jour ou l’autre par s’abattre sur cette nation. Alors, hasard ou réalité ? On peut maintenant se poser la question des possibilités qu’a la planète en réponse aux agressions de toutes sortes.

- Si le sol du Japon est irradié, si l’océan autour est aussi pollué, est-ce que les Japonais ne vont pas être tentés de chercher encore plus de baleines, loin de chez eux ? suggère un merle resté silencieux jusque-là.

- Dans ce cas la punition, si punition il y a, pourrait bien devenir plus, comment dire ?  Définitive.

- Tu avais aussi parlé du pouvoir des orques à émettre des ultrasons, rappelle dame pie.

- Ça, c’était un concept de notre homme. Il y a d’ailleurs fait à nouveau allusion il y a un instant car il pense que les orques, unis dans l’action, sont capables d’ébranler la cohésion de certains fonds marins aux points de friction de la croûte terrestre, celle-ci n’étant qu’un assemblage de plaques mouvantes. Mais, à cet endroit-là, le coup de pouce n’était peut-être pas nécessaire. La planète respire.

- Tout cela me fait très peur, surtout les inondations, laisse filtrer une voix à peine audible. Qu’en est-il de la suite, de l’avenir ?

- Qui parle ? demande l’orateur.

- C’est mon petit déjeuner, entre mes pattes, dit le héron avec un zeste de regret dans la voix en désignant la taupe de son long bec. Parle plus fort, petite.

- Je disais que j’ai peur des inondations, pour l’avenir.

- Je ne crois pas que quelqu’un puisse prédire ce qui va encore arriver, répond songeur l’interpelé, mais si le calendrier maya dit juste et que les choses ont commencé, il y a tout lieu de craindre qu’elles vont se poursuivre. La vraie question porterait plutôt sur une aggravation ou une accélération en approchant de la date fatidique.

- À moins qu’il en soit comme avec juillet 1999 avec les prédictions de Nostradamus, suggère un imposant lapin assis sur son derrière au premier rang.

- Je vois que tout ce qui sort de cette tribune n’est pas perdu. Tu as tout à fait raison d’émettre des doutes, mais je crois savoir que Nostradamus a donné plusieurs dates pour cette fin éventuelle, ce qui offrirait quelques possibilités de sursit en fonction de la capacité de l’humanité à s’améliorer.

- Alors autant ne pas rêver, laisse tomber le héron fataliste. Je voudrais ajouter quelque chose qui n’a rien à voir avec les évènements en cours, mais avec un lointain passé tout aussi dramatique puisqu’il a abouti à la destruction de l’Atlantide, ce monde mythique que des humains recherchent toujours un peu partout. Il y a quelques jours, j’ai fait la connaissance d’une mouette qui avait suivi le cours de la rivière jusqu’à l’étang où je cherchais un peu de poisson frais.

- Passionnant, lâche le lapin avec un brin de moquerie.

- Pourquoi pas ! L’Atlantide aussi a existé avant de disparaître comme ça peut arriver à cette terre sous nos pattes, poursuit le héron imperturbable. La mouette m’a dit avoir eu de longues discussions avec des dauphins dont les ancêtres ont eu des ancêtres qui vivaient du temps de cette nation disparue. Je résume. L’Atlantide allait des Bermudes jusqu’à Terre-Neuve, en longueur. Les Bermudes, avec leur triangle où des choses disparaissent, sont un stigmate de la punition infligée pour avoir détruit le continent Muu et Terre-Neuve est un vestige qui recèle dans son sous-sol des traces et des preuves de l’existence de l’Atlantide. Simplement, à l’époque, Terre-Neuve ne se trouvait pas si haut dans le nord, donc pas à une latitude aussi froide. Avec la destruction il y a aussi eu un basculement partiel de la planète. Fin du résumé.

- Voilà une information qui vaut son pesant d’or, apprécie la rutilante pie. Dommage que je ne puisse pas la transmettre à notre homme. Il l’aurait certainement estimée à sa juste valeur. Si tu as d’autres occasions de bavarder avec des mouettes, ne te prives surtout pas, elles ont peut-être aussi des occasions d’échanger avec les baleines ou les orques plus à même de nous dire des choses sur les mouvements des plaques tectoniques. Terminé pour aujourd’hui, les amis, notre homme réfléchit souvent à haute voix et il semble attendre que j’en ai fini avec vous.

 

                                                                             Antoine CHABREH.

                                                                              


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