18
mar 2011
Posté dans Non classé par lesfablesdechabreh à 11:47 | Pas de réponses »

 Il paraît que ce qui « le fait » le mieux pour attirer vers un site, c’est la présentation, le mot qui attire, le truc qui met le lecteur en transe et lui donne envie d’aller plus loin. Quelque chose comme une phéromone, en sorte, une odeur à suivre, une trace qui ne peut qu’aboutir à la satisfaction du plaisir recherché.

J’ai du plaisir à écrire et les personnes de mon environnement qui ont eu l’occasion de me lire, lorsqu’elles ont appris mon intention de créer un site sur internet, ont émis des opinions assez identiques sur mes lecteurs potentiels.

Il en ressort que les fables, qui ont servi à fournir l’intitulé de ce site, les contes, les nouvelles, les récits, les histoires diverses, les poèmes qui peuvent devenir textes de chansons ou les chansons qui peuvent redevenir poèmes en en retirant le refrain, les romans, toutes œuvres qui s’intègreront progressivement, devraient pouvoir atteindre les amateurs de littérature conventionnelle. Mais « EDENA » et « DIALOGUES AVEC LE CIEL », et déjà certaines « FABLES », ne pourront trouver preneurs que chez les initiés, les gourmands d’ésotérisme, l’être humain d’aujourd’hui n’étant pas en capacité d’intégrer certaines informations.

Ils n’ont évidemment pas tort, mais est-ce une raison pour rejeter dans l’ombre ce côté ésotérique où les médiums, dont le cerveau a des capacités jadis apanage de tout être humain, jouent un rôle primordial et que je trouve particulièrement captivant. Apporter des réponses sur la date de création et les secrets du GRAND SPHINX, sur l’édification des PYRAMIDES DE GIZEH, sur l’existence de L’ATLANTIDE et du continent MUU, sur l’assassinat de J.F.K., sur les TROUS NOIRS. Mais aussi sur LOUIS XVII et sur le MASQUE DE FER, sur la PLANETE A BASCULE sur laquelle nous vivons, sur RENNES-LE-CHATEAU, sur TERROM, jumelle de la Terre et les LICORNES, sur les RACES-MERES qui nous ont précédés et n’ont pas su mieux faire. Sans oublier les BALEINES ET DAUPHINS qui sont des civilisations d’une intelligence plus évoluée que la nôtre et pour qui nous ne sommes que des « poissons à deux pattes », ou l’UNIVERS, qui n’a pas été créé à notre seul bénéfice. Etc. Etc. Etc.

Chacun de nous a ses pôles d’intérêt, il me reste par conséquent à séduire avec ou sans la fameuse phéromone, et c’est la raison d’être des « Fables de Chabreh ».

24
mar 2013
Posté dans Fables par lesfablesdechabreh à 6:10 | Pas de réponses »

 

L’agitation est à nouveau perceptible dans la gouttière sous les toits du Vatican car c’est l’émoi chez les merles restés à l’écoute sous la fenêtre providentielle depuis la désignation du nouveau pape.

Le temps de mettre la patte à la confection des nouveaux nids est proche, mais ce n’est pas le plus important pour nos merles jaseurs car, si un pape s’est désisté, un autre est arrivé et celui-là s’est aussitôt révélé différent de ses prédécesseurs, et cette différence trouve des échos au sommet du bâtiment.

- Ils ne cessent de se demander s’ils ont bien fait de lui donner la majorité des voix, siffle un jeune familier des lieux bien campé sur ses deux pattes au rebord de la gouttière.

- Qui ça, ils ? demande un nouvel arrivant attiré par l’agitation.

- Les cardinaux, tiens ! Ceux qui nous font régulièrement profiter de leurs débats dans le secret de cet espèce de défouloir. Le pape n’est désigné que depuis quelques jours et déjà il y a du questionnement.

- Ils étaient probablement preneurs dans le tiers qui n’a pas voté pour lui, tout simplement, suppose l’arrivant.

- Justement, ce n’est pas si simple, avance un vieux merle à la voix éraillée qui a aussi entendu les cardinaux, sur les trois personnages qui discutent encore en cet instant, il y en a un qui a voté pour lui et qui se demande maintenant s’il ne s’est pas trompé.

- Quelqu’un a une idée du pourquoi de ce retournement ? reprend le jeune familier.

- Il l’a dit clairement, il me semble, intervient un autre de ceux qui ont entendu le début du débat, le nouveau pape ne s’est pas comporté comme sa fonction l’exigeait. Il n’a pas arboré les atours habituels, il n’a pas prié d’abord pour la foule et les chrétiens avant de les bénir, mais a au contraire demandé à cette foule de prier pour lui et il s’est courbé pour recevoir sa prière.

- C’est vrai, et il s’est même promené dans les rues, renchérit quelqu’un, et c’est un comportement qui va, selon nos trois plaignants, à l’encontre des usages.

- Ce qui explique sans doute pourquoi l’un d’eux a fait allusion aux fameuses prophéties de Saint Malachie.

- Mais c’est vrai ça ! s’exclame un autre des merles présents, les comploteurs avaient déjà évoqué ce sujet par le passé. Ce pape est le cent douzième, le dernier de la liste du saint.

- Evidemment, et son attitude le différentie de ses prédécesseurs, et c’est ce qui fait peur dans la soupente. Il est sociable, préoccupé des pauvres, humble lui-même.

- Mais alors, s’interroge le jeune familier des lieux qui n’a rien oublié de ce qu’il avait déjà entendu, celui-là serait Pierre ?

- Tout juste, confirme la voix éraillée du vieux, et Pierre c’est l’annonce de la pagaille dans l’Eglise, le jugement du peuple par Dieu et la destruction de Rome, selon les prévisions de Malachie, « La gloire de l’olivier » étant la dernière étape avant la fin de l’Eglise dans de multiples tribulations.

- Si j’ai bien entendu ce qu’à dit l’un des cardinaux, il a été question du retour de Pierre, le tout premier Pierre, le fondateur en quelque sorte ?

- Exact, mon jeune ami, confirme l’ancien en ébouriffant ses vieilles plumes, et je peux même en rajouter sur le sujet car le Vatican regorge de rumeurs depuis toujours sur ce Pierre le Romain, et probablement aussi dans tout le monde chrétien.

- Mais alors, s’interpose une petite femelle un tantinet gênée par la présence majoritairement mâle de l’assemblée, pourquoi François ?

- Eh oui ! Pourquoi François et non Pierre ? reprend le jeune. Les cardinaux devraient être rassurés. Avec ce nom il n’y a pas danger sur la profession.

- Un peu de respect, jeune merle ! se rebelle l’ancien. Ce n’est pas a proprement parlé une profession, même s’il s’agit du patron de l’Eglise et que ses prédécesseurs se sont comportés comme si l’Eglise était une entreprise.

- Quelque chose a vraiment changé, alors ?

- Oui, et il semble que certaines robes rouges l’ont compris. François, fait référence à Saint François d’Assise, mais aussi et peut-être surtout à la Fille Aînée de l’Eglise, à la France, à Français. Il n’était pas possible à l’entité qui occupe pour un temps ce corps d’homme de se présenter sous le nom de Pierre, que ce soit Pierre le Romain ou Pierre II.

- Ne devait-il pas y avoir des évènements graves pour annoncer le retour de Pierre ?

- Que voilà un jeune avec un esprit particulièrement alerte ! Les tribulations annoncées doivent avoir lieu durant le pontificat, même si d’aucuns estiment qu’elles ont déjà commencé. Les scissions dans la chrétienté, l’agressivité de l’islam, les démêlées au cœur même du Vatican permettent d’y voir des prémices.

- Alors, s’il ne s’agit là que de prémices… s’inquiète le jeune merle sans oser aller plus loin dans sa pensée.

- Tu as raison, jeune impertinent qui ne va pas au bout de son raisonnement. Malachie annonce bien la destruction de Rome. Il y aura bien plus que de simples tribulations et ce pape est un jésuite, c’est même le général des jésuites, et il peut compter sur l’aide de toutes ses troupes partout sur la planète. Personne ne s’est demandé pourquoi cet homme, déjà en passe d’être papable lors de l’élection de Benoit XVI, avait alors refusé cette possibilité de participer à la finale.

- Et toi tu connais la réponse ?

- Au fil des ans j’ai beaucoup écouté, et il passe dans Rome toutes sortes de gens qui se posent des questions et imaginent des explications. Chrétiens, musulmans, bouddhistes, croyants, athées, intelligents, stupides, raisonneurs, connaisseurs, simples bavards, tous ont des idées, mais peu ont la synthèse et à la longue il y a une petite lumière qui s’est allumée dans ma tête.

- Et alors ? font d’une même voix le jeune et la petite femelle.

- Ma petite lumière me dit que c’est bien Pierre qui est dans le corps de François, le dernier pape. Dernier parce qu’après lui il n’y aura plus besoin d’Eglises, de bâtiments pour prier, de prêtres ou autres dignitaires des différentes religions actuelles pour baliser la route car Dieu sera présent au contact direct de chaque être. C’est ça que symbolise avant tout l’image de la destruction de Rome, de Rome et des autres lieux sacrés religieux évidemment. Destruction mentale, pas physique. Quoi que…Ce sera ça l’homme de l’ère du Verseau.

- Pourquoi François n’a-t-il pas entamé ce processus quand la première possibilité lui en a été donnée ? avance un autre ancien, silencieux jusque-là.

- Probablement parce qu’il n’était pas encore près, que sa réincarnation n’était pas aboutie et que Saint Malachie l’avait vu, comme pour les autres. Et pour qu’un évènement destiné à bouleverser le cours des choses intervienne, il faut que la situation générale s’y prête et il se pourrait bien que ce soit maintenant le cas. Trop de monde sur la planète, trop de destruction des ressources, trop de rivalités entre les peuples, trop de tout et pas assez d’amour entre les hommes ou vis à vie de la Nature. Une nouvelle guerre mondiale pourrait se profiler à l’horizon par la faute de la surpopulation et du fanatisme religieux.

- Tu me fais peur, pleurniche la petite femelle.

- Tu as peur de ne plus pouvoir faire ton nid sur ton arbre préféré ? Ce n’est pas encore pour demain, jeune merlesse. Pierre était un compagnon de Jésus et il achève maintenant la mission entamée il y a 2000 ans. Lui seul sait ce qu’il va advenir des hommes. Ce qui me préoccupe tout de même, c’est l’âge du corps dont il doit s’accommoder pour cette mission.

- Qu’est-ce que son âge…

- Réfléchissez. Les tribulations et destructions prévues, c’est pour son pontificat, et à moins qu’il ne soit immortel, le temps pour l’humanité actuelle est désormais lié à la durée de vie dont il va disposer. Il va falloir que l’humain change très vite s’il veut atteindre en nombre l’ère du Verseau et s’il ne veut pas être réduit à quelques individus lorsque le Juge redoutable annoncé sera passé. Les menaces de juillet 1999 par Nostradamus et de décembre 2012 par le calendrier Maya n’auront alors été que des avertissements. 

 

 

 

                                                                    Antoine CHABREH

22
sept 2011
Posté dans Fables par lesfablesdechabreh à 6:50 | Pas de réponses »

 

Sur le rebord de fenêtre qui lui sert de tribune et d’observatoire, l’oiseau bavard se tourne vers sa femelle, apparemment inquiète, et un merle trépidant venu aux nouvelles car l’orateur n’avait plus été visible un long moment aux yeux de tous les animaux présents dans le jardin. Sans lui laisser le temps d’ouvrir le bec, sa compagne l’interpelle avec une force en rapport avec sa crainte :

- Où étais-tu passé ? Tu n’étais plus dans le jardin, ni sur ce perchoir à informations ! On a tous eu peur !

- Je t’avais bien dit que je finirais par m’installer sur son épaule pour mieux lire sur les écrans. Eh bien ! c’est fait. Ni disparition, ni mystère, j’étais seulement à l’intérieur et sur son épaule.

- Et il n’a pas protesté ?

- Au contraire, il m’a même demandé pourquoi j’avais été si long à me décider et qu’il faisait exprès de cacher en partie l’écran pour me forcer à le rejoindre.  Ah ! il m’a aussi dit que ses amis l’appellent Vic, un diminutif de Victor, son prénom.

- Et c’est supposé nous intéresser ? l’interroge le merle.

- Il faut croire. Je suppose qu’il veut dire par là qu’il nous considère tous comme des amis, rien de plus.

- Alors, va pour Vic ou Victor. Et qu’est-ce que tu as vu, perché sur son épaule ? reprend sa compagne.

Le mâle reste un moment silencieux, comme pour rassembler ses idées avant de se tourner vers le jardin et constater que les divers occupants des lieux sont maintenant à l’écoute, comme chaque fois qu’ils pressentent l’arrivée de leur journal épisodique.

- Si j’en crois l’intime conviction de Victor, ce que la planète a infligé au Japon aura des répercussions mondiales dans la durée. Je n’ai vu sur l’écran que de nouvelles images des dégâts causés par le tremblement de terre et le tsunami monstrueux, mais ce sont les réflexions de Vic qui ont retenu mon attention. Il a commencé par me dire que le Ciel a fait d’une pierre deux coups avec cette catastrophe : punition d’un côté et prise de conscience mondiale de l’autre.

- Tu peux essayer d’être plus clair ? demande monsieur lapin en se postant, de deux bonds, juste sous la fenêtre et en se dressant sur ses pattes de derrière pour être au plus près, comme à son habitude.

- Il y a punition à cause des méfaits contre le milieu marin et le pillage des océans, dont sont victimes les baleines et les requins, pour ne citer qu’eux. Et là il reconnait être toujours dans son hypothèse de punition, mais hypothèse plausible tout de même car le Japon cherche en permanence à obtenir la voix des petits pays pour augmenter les quotas lui permettant de faire encore plus de martyrs chez ces êtres intelligents que sont les baleines. Il dit aussi que les défenseurs des cétacés sont souvent assassinés. Il ajoute que les Japonais n’en ont pas fini avec cette punition s’il en croit les perpétuels sursauts de leur sol, et les actions des typhons, des inondations et autres calamités qui se succèdent chez eux. Et pour répondre à l’attente de tous dans ce jardin, il y a, en deuxième lieu, la prise de conscience mondiale de la dangerosité du nucléaire. Dangerosité qui, elle, n’a rien d’hypothétique car, je ne fais que répéter ses paroles, la dernière « race-mère », celle qui nous a précédés, a déjà mis la planète hors d’usage pour des millions et des millions d’années à cause de cette malédiction nucléaire.

- De quoi tu parles ? l’interrompt abruptement le lapin.

- Oui, qu’est-ce que c’est qu’une « race-mère » ? complète la femelle de l’orateur.

- C’est la vie qui nait dans les océans du globe, évolue jusqu’à l’homme et subsiste jusqu’à ce que ce même homme mette la planète dans un tel état qu’elle se voit contrainte de le renvoyer au néant afin de se refaire une santé. Et la dernière fois la mise à mal est déjà venue de l’énergie nucléaire. Mais les « races-mères » ce sera pour une autre fois, si j’en apprends plus sur le sujet.

- Je te le rappellerai, fait monsieur lapin très décidé et intéressé. Alors, la prise de conscience ?

- Il ne se passe pas une journée sans qu’une association ou un pays ne manifeste son désir de sortir du nucléaire. La catastrophe survenue au Japon a instillé la peur un peu partout, même sans avoir connaissance de la disparition totale de la vie qui lui a été imputable dans un lointain passé, et cette peur devrait pousser les recherches vers des solutions de remplacement.

- Devrait ? Pourquoi seulement devrait ? fait la sittelle, accrochée tête en bas à son tronc.

- Parce qu’apparemment ce n’est pas une situation qui peut se régler rapidement. Sortir vite du nucléaire, comme le préconise l’Allemagne, par exemple, revient à retourner, du moins dans l’immédiat, vers l’usage du charbon et ses émanations systématiques dans l’atmosphère, comme cela se pratique dans bon nombre d’autres pays.

- Autrement dit, reprend la sittelle, toujours fixée au tronc du cerisier, cela revient à choisir entre la peste et le choléra ?

- Ce sont exactement les mots employés par Victor. Il dit qu’avec les connaissances actuelles il reste les éoliennes et les panneaux solaires, mais qu’il faudrait en couvrir la planète pour faire face aux besoins de l’humanité en électricité et que ce sera long. Les éoliennes, par leur bruit et leurs infra-sons provoquent aussi des maux de têtes et les panneaux solaires sont, eux, très énergivores dans leur fabrication et utilisent des terres rares qui sont en voie d’épuisement. De toutes manières, et entre temps, il va bien falloir faire avec ce qui existe et continuer à empoisonner la planète, lentement avec le charbon, ou brutalement en cas d’accident nucléaire. Il ajoute aussi que les Allemands se fichent des écolos car, s’ils ne fabriquent plus d’électricité nucléaire eux-mêmes, ils en importeront de France.

- En clair, l’humanité est foutue de toute manière, et nous avec par la même occasion, décrète monsieur lapin en retombant sur ses quatre pattes. De plus en plus d’hommes et de plus en plus de besoins en énergie ! En un demi-siècle ils ont réussi à tout foutre en l’air ! Ce n’est pas Victor qui avait déjà parlé du solaire comme seule solution ?

- Si, mais pas avec les panneaux, trop envahissants dans le cadre des actuelles possibilités. Il faisait allusion à quelque chose comme des minis soleils capables de produire, sur des secteurs limités, les mêmes effets que le grand, au-dessus de nous. Les Atlantes et d’autres, avant ou en même temps qu’eux, utilisaient cette technique dont il dit qu’il y a un spécimen sous le Grand Sphinx et un autre au fond de la Mer des Bermudes. Les découvertes pour l’usage du Soleil comme énergie auraient été la solution, mais tous ceux qui ont approché les moyens d’en canaliser les forces ont été découragés ou éliminés par et au profit de ceux qui se fichent pas mal du bien de l’humanité, comme les pétroliers.

- Ces mêmes pétroliers qui forent maintenant en Arctique et vont polluer un des derniers coins encore sains de la planète en attendant de s’en prendre à l’Antarctique ! s’indigne le héron qui semble avoir eu un nouvel entretien avec des mouettes.

- Oui, et ce que craint Vic, renchéri le mâle au bec noir et puissant, c’est qu’en cas de mouvement violent, si la planète se rebiffe, si elle se secoue, il y ait rupture de ces tuyauteries qui s’enfoncent dans les océans pour relier les plateformes flottantes aux forages et qu’alors le pétrole en vienne à se déverser partout !

- Comme dans le Golfe du Mexique ? s’épouvante la sittelle qui a remis son corps dans le sens de la remontée.

- Dans le Golfe du Mexique, il n’y avait qu’un puits, je crois, alors vous imaginez la catastrophe si les forages existant déjà un peu partout et ceux qui sont à venir, viennent à se rompre un jour à l’occasion d’un mouvement de la planète ?

- Tout le pétrole qui est piégé dans les poches de la croûte terrestre s’échappera et recouvrira une grande partie des mers et des océans ! Saloperie de pétroliers ! jure le lapin.

- Alors, récapitule la petite taupe toujours installée entre les pattes de héron et que son existence de foreuse de galeries n’éloigne pas des réalités, que ce soit par le nucléaire, par le charbon, ou par le pétrole, les humains sont bel et bien en train de fiche en l’air cette magnifique planète. Aujourd’hui, demain ou un peu plus tard, c’est devenu inéluctable !

- Oui, petite, reprend la pie mâle, même si nous avons débordé du problème du nucléaire, la recherche humaine en énergie a un potentiel de destruction chaque jour plus effrayant ! Et que dire du réchauffement climatique qui va ouvrir plus d’espace à ces forages en réduisant les glaces des pôles ?

- Et il en conclut quoi, l’ami Vic qui a le don de nous flanquer de plus en plus la trouille de finir en steak haché ? se rebiffe maître lapin peu enchanté de subir les choses.

- Que les humains de la planète n’ont plus guère de temps pour décider de leur survie et qu’avec ou sans l’intervention des orques, il serait salutaire pour eux d’écouter l’avertissement donné avec la catastrophe de Fukushima et de se tourner une bonne fois vers la recherche solaire. Ce n’est pas pour rien que les civilisations du passé, jusqu’à l’Egypte, vénéraient  le Dieu Soleil.

 

 

 

 

                                                                          Antoine CHABREH

 

5
avr 2011
Posté dans Fables par lesfablesdechabreh à 10:15 | Pas de réponses »

        

Notre amie la pie mâle est à nouveau sur son rebord de fenêtre à l’affut des images et sons qui émanent des appareils installés par l’homme, celui que la plupart des occupants du jardin désignent maintenant comme leur homme. Ils n’en sont pas encore à l’appeler par son prénom, mais cela ne devrait plus tarder.

Une amicale complicité s’est instaurée, au fil des jours, entre l’humain et le volatile. L’homme parle à l’oiseau parce qu’il sait que celui-ci le comprend, tout comme il a deviné qu’il comprend les images et les commentaires qui défilent sur les écrans et qu’il le croit capable de transmettre ce qu’il voit et entend aux autres habitants du jardin. Habitants de plus en plus nombreux d’ailleurs et de plus en plus divers, attirés par le bouche-à-oreille.

Pour parfaire cette complicité il a mis dans un coin une coupelle avec de l’eau, et déposé à côté des graines et un trognon de pomme, espérant par là éviter au volatile d’avoir à s’éloigner trop souvent pour se sustenter.

- Quoi de neuf aujourd’hui ? demande la fidèle compagne du mâle, venue le rejoindre, désormais libérée des craintes des premières fois, et qui en profite pour picorer.

- Je vois que tu apprécies sa nourriture.

- Il est au moins aussi intelligent que nous autres pies et il ne veut pas que tu t’éloignes trop souvent pour manger, même si ce n’est pas ce qui convient vraiment à nos palais.

- Et mon intelligente compagne tient à profiter de sa générosité. Cela dit, lorsqu’il est devant son écran d’ordinateur il me cache les images. Je me demande si je ne vais pas devoir m’installer sur son épaule.

- Tu n’as pas peur ?

- Ne sois pas idiote et surveille tes paroles, tout le jardin nous écoute ! Maintenant tais-toi. À la télé il est question du 21 décembre 2012 et c’est passionnant.

- C’est quoi le 21 décembre…

- Pas maintenant ! Tu vas me faire perdre le fil de ce documentaire !

Un peu plus tard madame pie revient, son compagnon étant sorti de son immobilité de statue, preuve de la fin du film.

- Alors c’est quoi, ce 21 je ne sais plus quoi ?

- C’est la fin du monde annoncée il y a très longtemps par un peuple qui a disparu, le peuple maya.

- Un peuple qui a fait une prédiction terrible, mais n’a pas attendu la réalisation de cette prédiction pour disparaître ? ironise doucement la femelle.

- Il a rencontré la civilisation occidentale dans ses représentants de l’époque, les Espagnols, et ça ne lui a pas vraiment réussi.

- Ils ont fait quoi les Espagnols ? demande une petite mésange curieuse qui s’est posée d’un coup d’aile près du couple.

- Ils ont apporté leur art de la guerre, leur goût du sang et du massacre si tu préfères, et leur fanatisme religieux imbécile qui leur imposait de détruire individus et objets non conformes à leurs prétendues valeurs. Les choses ne se sont guères améliorées de nos jours si l’on se réfère aux bouddhas géants qui ont été dynamités au Pakistan. Mais il faut aussi prendre en compte les maladies mortelles contre lesquelles les Mayas n’étaient pas immunisés.

À l’image de la petite mésange, c’est tout le peuple du jardin qui s’est maintenant avancé à portée de voix. La paix règne entre les espèces de ce refuge au point qu’une mignonne taupe cligne des yeux dans la lumière qui l’éblouit sans se rendre compte qu’elle est entre les immenses pattes du héron qui n’en a cure.

- Et alors ? s’impatiente bien vite un écureuil qui ne veut rien perdre de ce 21 décembre 2012.

- Eh bien ! les Mayas, qui écrivaient en faisant des petits dessins dont il ne reste pratiquement que les traces gravées dans la pierre, ont annoncé la fin du monde pour le 21 décembre 2012. On en aurait sans doute appris plus si les Espagnols n’avaient pas brûlé les textes écrits sur des livres en papier d’écorces.

- Mais c’est pour bientôt ça ! s’inquiètent deux ou trois petites voix incertaines.

- Ce ne sera évidemment pas la fin totale du monde, les amis, pas une grande catastrophe, mais un changement qui a déjà commencé et qui conduit vers l’apparition de sages pour gérer le monde, avec quelque chose comme une menace sur les dirigeants actuels.

- Alors les inondations partout, les tremblements de terre de plus en plus nombreux, les tornades, les volcans, les tsunamis, toutes ces manifestations dont tu nous parles souvent et qui s’enchaînent à un rythme de plus en plus fréquent, c’est le commencement ? l’interrompe une sittelle accrochée tête en bas au tronc du cerisier.

- C’est en tout cas ce qui se dégage de tout ce que l’on entend et qui est à retenir de l’accumulation des catastrophes, confirme notre amie la pie mâle.

-Et les derniers évènements du Japon ne sont pas là pour calmer le jeu de la Nature, relève la huppe toujours aux avant-postes, crête plus que jamais en effervescence.

- Au contraire, ce serait plutôt comme un nouvel avertissement, et pas des moindres. Si je ne me trompe pas, ici même il n’y a pas très longtemps, en nous révoltant contre le massacre des dauphins et des baleines par les Japonais, nous avions pensé qu’une punition finirait un jour ou l’autre par s’abattre sur cette nation. Alors, hasard ou réalité ? On peut maintenant se poser la question des possibilités qu’a la planète en réponse aux agressions de toutes sortes.

- Si le sol du Japon est irradié, si l’océan autour est aussi pollué, est-ce que les Japonais ne vont pas être tentés de chercher encore plus de baleines, loin de chez eux ? suggère un merle resté silencieux jusque-là.

- Dans ce cas la punition, si punition il y a, pourrait bien devenir plus, comment dire ?  Définitive.

- Tu avais aussi parlé du pouvoir des orques à émettre des ultrasons, rappelle dame pie.

- Ça, c’était un concept de notre homme. Il y a d’ailleurs fait à nouveau allusion il y a un instant car il pense que les orques, unis dans l’action, sont capables d’ébranler la cohésion de certains fonds marins aux points de friction de la croûte terrestre, celle-ci n’étant qu’un assemblage de plaques mouvantes. Mais, à cet endroit-là, le coup de pouce n’était peut-être pas nécessaire. La planète respire.

- Tout cela me fait très peur, surtout les inondations, laisse filtrer une voix à peine audible. Qu’en est-il de la suite, de l’avenir ?

- Qui parle ? demande l’orateur.

- C’est mon petit déjeuner, entre mes pattes, dit le héron avec un zeste de regret dans la voix en désignant la taupe de son long bec. Parle plus fort, petite.

- Je disais que j’ai peur des inondations, pour l’avenir.

- Je ne crois pas que quelqu’un puisse prédire ce qui va encore arriver, répond songeur l’interpelé, mais si le calendrier maya dit juste et que les choses ont commencé, il y a tout lieu de craindre qu’elles vont se poursuivre. La vraie question porterait plutôt sur une aggravation ou une accélération en approchant de la date fatidique.

- À moins qu’il en soit comme avec juillet 1999 avec les prédictions de Nostradamus, suggère un imposant lapin assis sur son derrière au premier rang.

- Je vois que tout ce qui sort de cette tribune n’est pas perdu. Tu as tout à fait raison d’émettre des doutes, mais je crois savoir que Nostradamus a donné plusieurs dates pour cette fin éventuelle, ce qui offrirait quelques possibilités de sursit en fonction de la capacité de l’humanité à s’améliorer.

- Alors autant ne pas rêver, laisse tomber le héron fataliste. Je voudrais ajouter quelque chose qui n’a rien à voir avec les évènements en cours, mais avec un lointain passé tout aussi dramatique puisqu’il a abouti à la destruction de l’Atlantide, ce monde mythique que des humains recherchent toujours un peu partout. Il y a quelques jours, j’ai fait la connaissance d’une mouette qui avait suivi le cours de la rivière jusqu’à l’étang où je cherchais un peu de poisson frais.

- Passionnant, lâche le lapin avec un brin de moquerie.

- Pourquoi pas ! L’Atlantide aussi a existé avant de disparaître comme ça peut arriver à cette terre sous nos pattes, poursuit le héron imperturbable. La mouette m’a dit avoir eu de longues discussions avec des dauphins dont les ancêtres ont eu des ancêtres qui vivaient du temps de cette nation disparue. Je résume. L’Atlantide allait des Bermudes jusqu’à Terre-Neuve, en longueur. Les Bermudes, avec leur triangle où des choses disparaissent, sont un stigmate de la punition infligée pour avoir détruit le continent Muu et Terre-Neuve est un vestige qui recèle dans son sous-sol des traces et des preuves de l’existence de l’Atlantide. Simplement, à l’époque, Terre-Neuve ne se trouvait pas si haut dans le nord, donc pas à une latitude aussi froide. Avec la destruction il y a aussi eu un basculement partiel de la planète. Fin du résumé.

- Voilà une information qui vaut son pesant d’or, apprécie la rutilante pie. Dommage que je ne puisse pas la transmettre à notre homme. Il l’aurait certainement estimée à sa juste valeur. Si tu as d’autres occasions de bavarder avec des mouettes, ne te prives surtout pas, elles ont peut-être aussi des occasions d’échanger avec les baleines ou les orques plus à même de nous dire des choses sur les mouvements des plaques tectoniques. Terminé pour aujourd’hui, les amis, notre homme réfléchit souvent à haute voix et il semble attendre que j’en ai fini avec vous.

 

                                                                             Antoine CHABREH.

                                                                              

1
avr 2011
Posté dans Narrations/Contes par lesfablesdechabreh à 3:37 | Pas de réponses »

         

Il y a quelques années mon mari et moi avons vécu une bien belle tranche de vie dans notre village d’Alsace.

Elle a pris naissance un samedi au tout début du mois de mai. À ce moment de la saison, en Alsace, il fait souvent encore bien froid, surtout si c’est la tombée de la nuit et qu’il pleut.

Devant notre maison, face au bureau de mon mari, poussait un magnifique épicéa et depuis quelques semaines plusieurs couples de merles y avaient élu domicile à différents niveaux. Ce soir-là, mon mari qui travaillait sur un dossier, fut soudain alerté par un vacarme inhabituel survenu pratiquement sous sa fenêtre. Il sortit rapidement pour constater que deux pies achevaient de détruire le nid le plus proche du sol malgré les protestations véhémentes et impuissantes des propriétaires des lieux. Depuis plusieurs jours je surveillais les œufs lorsque la femelle s’absentait et je savais que trois oisillons venaient juste d’éclore, ce qui avait vraisemblablement attiré les deux cruelles tueuses.

L’apparition de mon mari fit fuir les tueuses et il m’appela aussitôt. Deux des oisillons étaient morts, tués à coups de becs, mais le troisième ne se trouvait pas dans les débris du nid tombé au sol.

Je le découvris finalement, petite chose nue et trempée au milieu d’un amas d’aiguilles d’épicéa. Les yeux encore fermés sur sa si courte vie, sans doute épouvanté par les cris de ses parents et sa chute, il était pourtant bien vivant. Je pleurai à chaudes larmes en le prenant dans le creux de mes mains pour essayer de le calmer et de le réchauffer.

Le nid était inutilisable et il commençait à faire trop sombre pour laisser ce pauvre petit être dehors. Ses parents ne pouvant rien pour lui dans de telles circonstances je décidai de le garder pour la nuit en me disant qu’ainsi il pourrait au moins mourir au chaud.

Aussitôt rentrée je me mis à la recherche d’une coupelle que je tapissai de coton avant d’y déposer l’oisillon et de recouvrir le tout d’un tissu léger.

Quelle ne fut pas ma surprise, en soulevant l’étoffe le lendemain matin, de trouver un bec largement ouvert en lieu et place du petit cadavre que je redoutais ! La vue de ce gouffre jaune et avide déclencha une nouvelle crise de larmes, provoquée cette fois par une immense joie.

Mais que faire ? Cet appel de la vie, cet évènement, se produisait un dimanche. Où trouver la nourriture adaptée à ce ventre affamé ? Mon mari entreprit de retourner les pierres du jardin afin d’y dénicher quelques insectes susceptibles de satisfaire l’appétit de mon petit protégé qui goba tout ce qui lui était présenté : morceaux de vers de terre, petites portions de scolopendres, cloportes roulés en boules et que sais-je encore. Il en fut ainsi toute la journée. L’oisillon ne voyait pas, mais il entendait parfaitement. Le moindre bruit dans son environnement immédiat le sortait du sommeil et le grand bec jaune s’ouvrait largement, accompagné de piaillements qui faisaient tressauter son petit corps nu.

Tout le dimanche fut consacré à mon petit pensionnaire. Le temps était resté à la pluie et les parents de l’oisillon ne se manifestaient plus, peut-être déjà attelés à la préparation d’une nouvelle nichée après avoir constaté la destruction définitive de la première.

Dès l’ouverture de la pharmacie, le lundi matin, je fis l’acquisition d’une pipette et de petits pots pour bébés, mélange de viande, de légumes et de fruits. Le gavage put reprendre. Quand le petit avait faim, il ouvrait le bec. Quand l’un de nous touchait ce même bec avec la pipette, il en déclenchait l’ouverture. Et ce qui entrait par l’avant provoquait une sortie par l’arrière avec la même régularité. Cependant, contrairement à nos petits à nous, humains, il ne salissait jamais sa couche. Ses déjections étaient emballées, enrobées d’une peau transparente et il soulevait son derrière pour les rejeter hors du nid qu’était devenue la coupelle.

Bientôt son crâne, son croupion et l’extrémité de ses moignons d’ailes, s’ornèrent d’un inesthétique duvet. Je ne vis pas vraiment la transformation, mais un jour l’oisillon fut couvert de plumes et il quitta sa coupelle pour sautiller sans façon dans la pièce.

Cette sortie inaugura une nouvelle période dans la vie de mon protégé que bec et plumage, uniformément bruns, désignèrent comme une future maman à qui il fallait maintenant donner un nom.

Un véritable conseil de famille fut réuni pour la circonstance et le choix se fixa sur Salomé.

J’oubliais de préciser que nous avions deux chiens, une femelle de teckel à poils longs et un berger allemand, et que l’intrusion de Salomé aurait pu ne pas être appréciée. Un signe du doigt avait suffi à fixer définitivement les limites et jamais les chiens ne lui firent le moindre mal. Elle pouvait passer sous leur nez sans provoquer de réaction autre qu’olfactive. Ils la reniflaient en remuant leur truffe comme des lapins.

Nous avions dans la cave une petite cage destinée à d’éventuels sauvetages. Installée dans la salle de séjour, elle sembla convenir à Salomé qui en fit aussitôt son domicile. Elle se perchait toujours sur le même barreau à la tombée de la nuit, et je couvrais le tout d’une serviette pour l’abriter de la lumière.

Puis l’oisillon grandit. Portes et fenêtres étant ouvertes, Salomé entreprit d’étendre son territoire. Elle voletait et le jardin reçut ses visites de plus en plus fréquentes, toujours sous l’œil intéressé des deux chiens qui l’avaient suffisamment adoptée pour me donner l’impression de la protéger.

J’étais sur le pas de la porte lorsqu’elle s’élança pour son premier véritable envol. Je poussai un cri en la voyant disparaître derrière le mur de clôture, mais ce n’était qu’un vol boomerang qui la ramena dans les pattes du teckel surpris. Seulement cette expérience marqua une nouvelle étape dans sa vie. Elle osa s’éloigner plus souvent et plus longtemps, revenant toujours réclamer sa pitance. Elle avait atteint sa taille définitive, mais n’en continuait pas moins à se faire nourrir et à arpenter sur ses deux pattes les moquettes de la maison.

Lorsqu’elle s’éloignait trop longtemps à mon gré et que je l’appelais, inquiète, elle arrivait toujours à tire d’ailes et se posait près de moi ou sur ma main, tendue pour l’accueillir. Parfois aussi, si tout était fermé, elle tapait vigoureusement aux carreaux pour protester.

Et puis un soir, vers la mi-août, alors que nous étions invités à prendre l’apéritif chez des voisins, elle nous survola avec des petits cris. Elle était en compagnie d’un mâle dont l’aile gauche s’ornait d’une surprenante plume blanche.

Salomé venait de nous dire adieu. Sans doute avait-elle choisi son compagnon et voulait-elle nous le faire savoir.

L’année suivante, il y eut dans le jardin un couple dont le mâle avait une plume blanche à l’aile gauche, mais sa femelle ne répondit pas à mes appels. Salomé avait gardé le souvenir des lieux, pas de ses occupants. Depuis, d’année en année, il y a toujours, soit dans notre jardin, soit dans le quartier, au moins un merle noir avec une plume blanche qui siffle pour annoncer la pluie.

Il m’arrive souvent d’avoir un petit pincement au cœur en pensant à elle après toutes ces années, mais c’est avec le sentiment de lui avoir donné du bonheur en même temps que la vie.

 

                                                                     Solange et Antoine CHABREH.

1
avr 2011
Posté dans Narrations/Contes par lesfablesdechabreh à 3:30 | Pas de réponses »

 

                          

Il était une fois, dans une profonde vallée d’Alsace cachée au cœur des Vosges, un joli petit sapin blotti entre papa et maman.

Les derniers rayons du soleil, dans un ciel encore tout bleu et sans nuages, faisaient scintiller les milliers d’arbres engourdis par le froid sous un épais manteau de neige.

C’était la veille de Noël et, dans quelques heures, la fête illuminerait les maisons et les cœurs.

Au fond de sa vallée, le petit sapin était très malheureux. Tout beau, tout droit et bien touffu, à peine revêtu de neige car abrité sous la ramure de ses parents, il pleurait depuis des heures parce qu’une affreuse araignée s’était emparée de ses aiguilles. Elle y avait tissé une toile immense au centre de laquelle elle s’était installée pour l’hiver. Par sa faute, les hommes venus couper des sapins pour décorer les maisons, ne lui avaient jeté qu’un regard méprisant. Qui aurait voulu de lui, ainsi arrangé ?

Papa et maman avaient beau essayer de le consoler, le petit sapin ne pouvait retenir ses larmes et même la tombée de la nuit, avec son cortège de froidure, ne parvenait à endormir son chagrin.

 Désespéré, il pleurait doucement lorsqu’un rayon de lune vint soudain se poser sur lui. Surpris, il se redressa et assista, médusé, à l’arrivée d’une fée. Tout habillée d’argent, sa longue chevelure d’or lui couvrant les épaules, elle chevauchait le rayon de lune et tenait une baguette au bout de laquelle brillait une étoile. En se posant, elle tendit vers lui sa baguette et demanda :

- Pourquoi tout ce chagrin, joli petit sapin ? Dans quelques heures Jésus va naître et son père veut que le monde entier soit heureux.

- Ne vois-tu pas ce qui m’arrive, Madame la fée ? Une méchante araignée m’a couvert de vilains fils gris et les hommes n’ont pas voulu de moi pour décorer leurs maisons. Je suis pourtant certain d’être né pour apporter du bonheur aux petits enfants ! Regarde-moi, je n’ai pas de défauts, mes parents y ont veillé.

- Pourquoi te plains-tu ? Tu devrais être heureux, au contraire ! La vilaine araignée t’a permis de rester en vie. Elle partira un jour et tu pourras grandir entre tes parents.

- Mais je ne veux pas rester ici, sans autre avenir que d’être un jour transformé en un tas de bois à brûler ! Je te dis que je suis né pour voir briller la joie dans le regard des enfants et leur donner du bonheur ! Tu dois pouvoir m’aider, toi, puisque c’est le père de Jésus qui t’envoie.

La jolie fée sembla hésiter un moment, puis, devant la douleur persistante du petit sapin, elle sourit et tendit à nouveau sa baguette magique. Elle la posa au cœur de la toile et, dans le même instant, l’araignée se métamorphosa en une étoile d’où partirent des guirlandes d’argent qui scintillèrent sous la Lune. D’un autre geste de sa baguette elle fit tomber des pommes de pins et les disposa sur ses petites branches où elles se transformèrent en boules de lumière.

- Là, es-tu heureux ? lui demanda-t-elle.

- Je suis si beau maintenant, jolie fée, mais qui viendra encore me chercher si loin des hommes et alors que la nuit descend ?

- Ne t’inquiète pas, petit, ton bon cœur sera récompensé, lui répondit-elle.

Sur ces mots la fée remonta sur le rayon de lune et l’ombre envahit à nouveau ce petit coin de la vallée.

Non loin de là, dans une clairière isolée au milieu de la vaste forêt, vivait un pauvre bûcheron avec sa femme et ses deux petits garçons. Dans la modeste cabane qui leur servait d’habitation, la seule lueur de gaieté émanait du feu dont les flammes leur réchauffaient le corps. La femme était malade et le bûcheron avait utilisé le peu de sous dont il disposait encore pour acheter des médicaments. Les bambins adoraient leur maman et de savoir que grâce aux médicaments elle allait pouvoir guérir suffisait à leur faire oublier que Noël, cette année-là, ne serait pas une vraie fête pour eux.

Mais pour le pauvre bûcheron la tristesse de cette nuit, qui aurait dû apporter un peu de joie à ses petits, devint vite intolérable. N’y tenant plus il sortit de la cabane et s’assit sur un petit banc de bois qu’il avait réalisé de ses mains. Indifférent au froid et à la neige qui le recouvrait lentement il se mit à prier, implorant le ciel de faire en sorte que sa femme guérisse vite et que ses enfants ne soient pas trop malheureux en cette nuit magique.

Tandis qu’il priait minuit sonna au clocher du village, quelque part au loin, mais il ne l’entendit pas. C’est un petit rire cristallin qui le sortit de son engourdissement. Il leva les yeux et sous son regard étonné, dans une bulle de clarté, souriait la fée habillée d’argent. De sa baguette magique elle montrait le petit sapin qui ruisselait de mille lumières. Le plus étrange c’est que le petit sapin était debout sur ses racines qui remuaient doucement. Le bûcheron se dressa, ne sachant plus s’il devait en croire ses yeux ou si la folie s’était emparée de son âme désespérée. C’est alors que la jolie fée parla :

- Il est minuit, brave bûcheron, Jésus vient de naître et la joie doit régner dans tous les cœurs. Tes prières ont été entendues et cette nuit ne verra pas la tristesse régner sur ta maison. Prends ce petit sapin. C’est lui qui a demandé à faire le bonheur d’un foyer. Demain, trouve-lui un emplacement proche de ta cabane où cacher ses racines. C’est un sapin enchanté, un sapin bonheur. Il grandira près de vous et sera votre compagnon pour la vie. Vous vivrez heureux à ses côtés, désormais et ta femme va guérir très vite.

Avant que le bûcheron ait pu balbutier quelques mots de remerciement il y eut un bref éclair et la fée disparut, le laissant planté, indécis, face au petit sapin dont les racines s’agitaient toujours.

- Veux-tu bien me rentrer, s’il te plaît, bûcheron, j’ai un peu froid aux racines et les gâteaux accrochés à mes branches par la gentille fée n’aiment pas la neige !

Eh oui ! La nuit de Noël, même les petits sapins sont capables d’utiliser le langage humain. Il suffit seulement d’y croire fort, très, très fort.

                                                                             

                                                                        Solange et Antoine CHABREH

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                    

18
mar 2011
Posté dans Poesies / Chansons par lesfablesdechabreh à 3:56 | Pas de réponses »

 

 

LE BOUQUET DE MARIEE.

 

Dans le fond d’un jardin est un vieux cerisier

Que le printemps fleuri de lourdes grappes blanches.

A la première fleur une femme apparaît

Venant avec amour se blottir sous les branches.

Elle attend chaque année ce temps béni des dieux,

Craignant d’être partie, d’être sous d’autres cieux.

 

Les feuilles et les fruits, puis les oiseaux gourmands,

Chaque instant de l’été ils les vivent ensemble.

Comme des amoureux au jour de leurs vingt ans,

Ils oublient les années et leurs membres qui tremblent.

Puis arrive l’automne, et la brume du soir

Qui revêt la nature et les âmes de noir.

 

L’hiver chasse la dame et le vieux cerisier

S’endort pour de longs mois, vaincu par la froidure.

A l’abri des carreaux, le cœur ensanglanté,

La vieille dame attend au milieu des dorures

Que le manteau glacial qui pèse sur leurs jours

Lui accorde la joie d’un ultime retour.

 

Dans son nouvel habit de printemps retrouvé

L’arbre cache la dame à jamais endormie.

Au bout de son chemin corps et cœur épuisés,

Elle a pris le parti de lui céder sa vie.

Et le vieux cerisier, en attendant le jour

Qui lui sera donné de rejoindre sa fée,

En guise de serment offre un gage d’amour :

Un somptueux et blanc bouquet de mariée.

 

Refrain : Ils ont vécu en harmonie,

                Se partageant depuis toujours,

                Un coin de jardin que la vie,

                Leur avait alloué un jour.

 

 

LES AMANTS DU PORCHE.

 

Lorsque je les ai vus pour la première fois,

Ils étaient réfugiés à l’abri d’un vieux porche.

La rue était déserte et malgré le temps froid,

Tous deux se démenaient comme gens qu’on écorche.

 

Pendant qu’ils s’embrassaient, leurs mains avidement,

Parlaient de leur amour en gestes malhabiles,

Passant et repassant dessus leurs vêtements,

Comme pour mieux fixer un bonheur juvénile.

 

Les jours suivaient les jours et sans jamais manquer,

Le porche les gardait de son ombre complice.

Jamais ils n’employaient de mots pour se parler,

Leurs mains exprimant mieux la force du supplice.

 

Des yeux étaient fixés tout au bout de leurs doigts,

Qui découvraient pour eux l’amour en silhouette.

Tandis que bouche à bouche ils se donnaient leur foi,

Leurs sens écartelés erraient à l’aveuglette.

 

Et tandis que le ciel se faisait plus clément

Et que leurs quatre mains devenaient plus expertes,

Je sentais arriver la fin de leurs tourments,

La juste délivrance à leurs amours offerte.

 

Quand ils se sont aimés, au milieu de l’été,

Dans un déchaînement de ferveur impudique,

L’amour qui déferlait sur leurs corps emmêlés,

S’auréolait enfin d’un éclat féérique.

 

Une fois seulement, puis ils ont disparu.

En sortant de ma vie comme on passe une porte.

Vers où sont-ils partis ? Que sont-ils devenus ?

Je voudrais qu’à jamais l’amour leur fasse escorte.

 

 Refrain :  Il n’est important dans la vie que d’aimer.

                  Il n’est de bonheur dans la vie que d’être aimé.

 

 

 LUI.

 

Lui,

Quand il est près de moi

Je vis dans les étoiles,

J’ai le corps en émoi.

Lui,

Il m’a prise en sa toile

Et je ne suis plus rien

Sinon entre ses mains.

 

Lui,

Quand ses yeux sur mon corps

Délivrent leur message,

Je dis oui sans remords.

Lui,

Même quand il est sage,

J’ai la folie au cœur

Et le feu au bonheur.

 

 Refrain :   Je l’aime à ne plus rien savoir.

                   Je l’aime à ne plus rien pouvoir.

                   Je l‘aime à ne plus rien vouloir

                   De ce qui n’est pas lui.

 

Lui,

Quand il est loin de moi

J’ai l’âme éparpillée

En millions de pourquoi.

Lui,

C’est ma vie déchirée.

Je pleure à ses départs,

Je meurs de ses retards.

 

Lui,

Rien que d’imaginer

Qu’il puisse ne plus être,

Met ma vie en danger.

Lui,

Depuis qu’il m’a fait naître,

C’est mon calendrier,

Mon tendre sablier.

 

Lui,

C’est ma plage d’amour,

C’est mon anti-détresse,

C’est ma vie pour toujours.

Lui,

C’est ma vie en caresse,

C’est ma joie d’exister,

C’est mon bonheur d’aimer.

Lui … Lui… Lui…

 

          

OCEAMBRE.

 

Il y a bien longtemps, bien plus longtemps que ça,

Dans un temps éloigné que même la mémoire

N’a pu en conserver le plus petit éclat,

Existait Océambre au cœur de notre histoire.

 

L’homme avait existé puis avait disparu.

Le soleil miroitait sur un océan d’ambre

Lorsqu’après bien longtemps il était reparu.

C’était le joli temps, le doux temps d’Océambre.

 

C’était aussi la Terre et pour ses occupants,

Le sol étant mortel et impossible à vivre,

Nature avait choisi le fond des océans

Pour permettre à la vie de feuilleter son livre.

 

Il n’en reste plus rien, pas même la couleur,

Si ce n’est un bijou au cou de quelque belle.

Océambre est partie ne laissant dans les cœurs

Qu’un souffle éparpillé au travers de dentelles.

 

Il y a bien longtemps, bien plus longtemps que ça,

Dans un temps éloigné que même la mémoire

N’a pu en conserver le plus petit éclat,

Existait Océambre, et c’est une autre histoire.

 

Refrain : C’était il y a bien longtemps,

                 Il y a des millions d’années,

                 C’était dans un tout autre temps,

                 C’était dans une époque à jamais oubliée.

 

 

MARINE.

 

J’ai repeint en bleu mes neurones

Depuis que je vis dans son cœur.

Nous partageons le même trône,

Abonnés aux mêmes splendeurs.

 

Nos âmes se sont percutées

Au débouché d’un arc-en-ciel,

Et leur musique ensoleillée

Nous offre un air de septième ciel.

 

Cette musique ensoleillée

Dont les accents rythment nos jours,

Fait une escorte échevelée

À nos corps éblouis d’amour.

 

Le temps qui déroule sa trame

Et qui normalement détruit,

Est un aliment de la flamme

Qui chaque jour plus nous séduits.

 

La peur de vivre un feu de paille

Ne nous jamais effleurés,

Et si parfois quelqu’un nous raille,

C’est que pour lui tout a raté.

 

Refrain : Elle se prénomme Marine,

                Elle est du signe du bonheur.

                Elle est tendresse elle est câline,

                Elle offre l’amour à plein cœur.

                Elle est ma sirène divine.

 

 

SI NOTRE TERRE…

 

Si notre Terre était moins belle,

S’il n’y avait plus d’hirondelles,

Si le soleil n’éclairait plus

Que des troncs d’arbres dévêtus,

Serions-nous malheureux ?

 

Si notre Terre était hostile,

S’il n’y naissait que des débiles,

Si l’air qu’il fallait respirer

N’était qu’un air empoisonné,

Serions-nous malheureux ?

 

Si notre globe était de pierre,

S’il nous fallait vivre sous terre,

Si l’eau indispensable au corps

N’était plus source que de mort,

Serions-nous malheureux ?

 

Si nous n’étions plus rien en somme,

Si nous étions plus bêtes qu’hommes,

Si nous devions pour subsister

Griffer un sol désespéré,

Serions-nous malheureux ?

 

Si notre Terre était stupide,

Si elle avait horreur du vide,

Si pour poursuivre son chemin

Elle amnistiait le genre humain,

Qu’aurions-nous retenu ?

 

Refrain : Nous le serions, c’est l’évidence,

                Et nos enfants plus que l’on pense.

                Mais leurs enfants, leurs successeurs,

                Ne sauraient rien de leur malheur.

 

 

NOTRE COIN D’UNIVERS.

 

En quelques dix mille ans de vie

Nous avons fait un dépotoir

De ce qui était la jolie,

La belle planète d’espoir.

 

Plantée de manière idéale

Dans ce petit coin d’univers,

Par notre présence fatale

Nous en avons fait un enfer.

 

Nous avons fait comme les autres :

Détruit notre environnement.

Nous sommes de mauvais apôtres

Malgré tout notre entendement.

 

Dix mille ans c’est bien peu de chose

Sous l’œil des horloges du temps,

Pour immerger ses champs de roses

Atlantide a mis cent mille ans.

 

Nous avons gaspillé nos chances,

Rien ne peut plus nous arrêter.

Pour enrayer la décadence

Il faudrait pouvoir tout stopper.

 

Il faudrait supprimer du monde

Alors que nous allons doubler.

La Terre poursuivra sa ronde

Après nous avoir écartés.

 

Refrain: Depuis quatre milliards d’années

               Que la Terre offre à l’homme un destin,

               Des races se sont succédées

               Qui jamais n’ont compris son dessein.

 

 

ELLE AVAIT DIT « JE T’AIME ».

 

Elle avait dit « je t’aime »                            

Et moi j’y avais cru.

Le matin était blême,                                  

Et nous avions trop bu.

C’était après l’amour.

 

Je l’avais rencontrée

En sortant de chez moi.

Perdue, désespérée,

Elle cherchait un toit.

Pour vivre un grand amour.

 

Je l’avais bousculée,

Elle m’avait souri.

Je l’avais relevée,

Elle avait dit « merci ».

Ses yeux cherchaient l’amour.

 

Dans la seconde même

J’avais été conquis.

J’aurais pu dire « je t’aime »,

Tellement j’étais pris.

Je voulais son amour.

 

Elle avait dû comprendre

Et m’avait embrassé,

Relevant de ses cendres

Un être abandonné

Par un ancien amour.

 

Je l’avais entrainée

Jusque dans mon chez moi.

Elle s’était posée

Avec un peu d’émoi,

En attendant l’amour.

 

Sans encore un « Je t’aime »

Elle avait pris mon cœur,

Et j’avais eu par elle

Un grand bol de bonheur.

Elle donnait l’amour.

 

Elle avait dit « Je t’aime »

Après un grand frisson,

Et dans l’instant suprême,

Au cœur de la passion,

Elle avait vu l’amour.

 

Dans la même seconde

Elle avait vu le lien.

Ce que veut tout le monde

N’entrait pas à dessein

Dans son rêve d’amour.

 

Le matin était blême

Et nous avions trop bu.

Elle avec son « Je t’aime »,

Et moi d’avoir perdu

Et laissé fuir l’amour.

 

 

AU BORD DE LA VOIE LACTEE.

 

Vue de loin elle est toute bleue.

Lorsque l’on s’en approche un peu

Elle est symphonie de couleurs,

Elle a comme un air de bonheur.

 

Elle est pour ainsi dire unique,

Exceptionnelle et idyllique.

Son bel aspect de paradis

Fait qu’on l’admire à l’infini.

 

L’univers entier nous l’envie.

Du fin fond de la galaxie,

Des plus lointaines profondeurs,

Elle draine des visiteurs.

 

Dans notre ciel on se bouscule,

S’émerveille et se congratule.

On s’entretient avec ferveur

Sur le génie du Créateur.

 

Jusqu’à ce que l’homme apparaisse

Rien ne perturbe l’allégresse

De tous ces petits hommes verts,

Ces promeneurs de l’univers.

 

Mais vient toujours l’heure fatale,

Celle où sur le devant s’étale

La vocation de non-amour

Que l’homme arbore sans détours.

 

Et c’est alors la débandade,

La fuite devant ces malades,

Ces criminels, ces assassins,

Qu’il faut écarter du festin.

 

Refrain : Tout au bord de la voie lactée

                Est une planète habitée

                Par des animaux insensés.               

 

 

 COMME UNE VRAIE DEESSE BLONDE.

 

Comme une vraie déesse blonde

Elle était face à l’océan,

Et du rocher surplombant l’onde

Elle semblait humer le vent.

 

Immobile et comme figée,

Les yeux fermés sur quelque ailleurs,

La chevelure ébouriffée

Elle semblait vivre un bonheur.

 

Refrain :  Moi, je m’étais approché d’elle

                 Et je l’avais touchée du doigt,

                 Touchée du doigt.

                 Comme un oiseau battant de l’aile

                 Elle avait repoussé ce doigt,

                 Poussé ce doigt.

 

Ne cherchait-elle en ce bas monde

Qu’une réponse à son destin?

Il n’y avait, faisant la ronde,

Que des ailerons de dauphins.

 

Sur ses lèvres un vague sourire

S’épanouissait par instant,

Comme si quelque doux délire

Ensoleillait ses vingt printemps.

 

Refrain :    Et puis un jour à ma surprise,

                   Elle m’avait tendu la main,

                   Tendu la main.

                   Je croyais à une méprise,

                   Alors elle m’avait dit : « Viens ».                     

                   M’avait dit : « Viens ».

 

Tout contre ma déesse blonde,

J’avais compris tenant sa main,

Que les dauphins menaient la ronde,

Car elle parlait aux dauphins.

 

Elle m’avait, c’était magique,

Communiqué le doux pouvoir,

D’entendre la voix féérique

De ces êtres de grand savoir.

 

Refrain :   Et j’avais découvert un peuple

                  Qui rêvait de vivre d’amour,

                  Vivre d’amour.

                  Et j’avais découvert un peuple,

                  Qui voulait nous donner l’amour,

                  Donner l’amour.

 

 

ELLE AVAIT UN JE NE SAIS QUOI.

 

Elle avait dans ses grands yeux verts,

Lors de la première rencontre,

Un je ne sais quoi de pervers,

À dérégler jusqu’à ma montre.

 

J’avais entendu dire ça,

Sans l’avoir même jamais vue.

C’est vrai qu’elle avait cet air-là,

Mais mon âme s’y est perdue.

 

Qui d’autre a été comme moi

Prisonniers d’une simple image ?

Il suffisait qu’elle soit là

Pour émouvoir jusqu’au plus sage.

 

Mais c’est sur moi qu’elle a choisi

De reposer sa vie de femme.

Un jour son regard a dit oui

Quand je lui exprimais ma flamme.

 

Ce je ne sais quoi dans ses yeux

Capable de tous les ravages,

N’était qu’un appel amoureux,

Une demande en mariage.

 

Elle cherchait une âme sœur,

Un complément pour une vie,

Un homme à qui fixer son cœur

Par une douceur infinie.

 

Refrain : C’est au fond du cœur

                 Et non dans l’apparence,

                 C’est au fond du cœur

                 Que s’arrête l’errance.

 

 

LA TERRE EN A ASSEZ ! (Pour jouer en vert avec Le Déserteur.)

 

Messieurs les dirigeants

De notre belle Terre,

Je ne peux plus me taire

Sur vos agissements !

 

Esclaves de l’argent

Vous êtes responsables

Des maux qui nous accablent

Et font grincer des dents.

 

Par votre défection

Vous détruisez le monde,

En laissant les immondes

Vous dicter vos actions.

 

Vous devez imposer

A chaque instant qui passe,

Même par la menace,

De mieux le protéger.

 

La Terre en a assez

De tous vos immondices,

De vos regards complices,

De ce laisser-aller !

 

Elle va se bouger,

Vous en serez comptables.

Vous serez les coupables.

Elle va regimber !

 

Baleines et dauphins,

Forêts de la planète,

Seront tous à la fête.

Ce sera notre fin.

 

Aux yeux de vos enfants

Vous serez misérables.

Vous serez méprisables

Aux yeux des survivants !

 

 

LA FAUSSE PROMESSE D’AMOUR.

 

Elle m’avait fait la promesse

De n’être jamais rien qu’à moi,

De m’apporter son allégresse,

De me réserver ses émois.

 

Elle ne connaissait la vie

Que par son imagination.

J’avais fait naître des envies,

Développé des émotions.

 

Elle était mieux que bonne élève.

Elle était remplie de ces dons

Qui font l’amoureuse de rêve

Et l’inspirée de Cupidon.

 

Mais elle avait promis trop vite

Et regretté presque aussitôt,

Recherchant bientôt dans la fuite

A sortir de l’imbroglio.

 

Les sentiments en équilibre,

Elle était encore une enfant.

Elle avait besoin d’être libre,

Pour donner corps à ses talents.

 

Refrain: La fille n’était pas volage

               Elle avait les élans du cœur.

               Elle était juste de son âge,

               À la recherche du bonheur.

 

 

 OÙ EST PASSE MON PEPIN ?

 

J’ai l’impression d’être une fleur

Déshydratée que l’on arrose !

J’ai de l’eau jusqu’au fond du cœur

Et la déprime à haute dose !

S’il n’arrête pas de flotter

Je vais devoir être essoré !

 

Je l’avais encore à la main

Juste avant que la pluie n’arrive.

Qu’ai-je bien pu faire au destin

Pour qu’il me passe à la lessive ?

Et puis pourquoi suis-je dehors

À me pousser dans le décor ?

 

J’aurais pu me mettre à l’abri,

Il n’y avait aucune urgence.

Pas même un besoin de pipi

Pour justifier cette insistance

A me propulser sous les gouttes

Dans un univers en déroute !

 

Ou alors j’ai dû oublier

Sous l’effet de cette avalanche,

Le pourquoi de mon équipée !

Ou alors c’est qu’on est dimanche

Et que mon cerveau détrempé

Était déjà déconnecté !

 

En tout cas je ne sais plus rien

Sinon que la flotte ça mouille,

Et que je ferais aussi bien

De mettre à l’abri la citrouille

Qui me permet de bien penser

Et qu’il va falloir essorer !

 

Refrain:  Où est donc passé mon pépin ?

                Qu’est devenu mon parapluie?

                Cet infernal petit machin

                Me laisse tout seul sous la pluie !

 

 

MARGINE.

 

Je veux t’inventer un prénom

Et sur lui faire une chanson.

En faire une chanson de gestes

Un peu romantique un peu leste,

Où je te parle avec les mains,

Où je disserte sur tes seins.

À l’infini.

 

Je t’ai inventé ce prénom

Pour te donner une chanson,

Pour mettre ton corps en images

Et te transmettre mon message,

Toi que je n’ai vue qu’un instant

Et qui depuis rythme mon temps,

À l’infini.

 

Mes mains redessinent ton corps

Sans avoir à faire un effort,

Jusqu’au grain qui sous ton sein gauche

S’épanouit comme une ébauche,

Une ébauche en forme de cœur,

Grain de beauté porte-bonheur,

À l’infini.

 

En marge de tout ce qui est,

A l’écart des banalités,

C’est ce que ce prénom veut dire

Et c’est ce que je veux te dire.

Écoute bien cette chanson

Qui dit et redit ton prénom,

À l’infini.

 

Je crois que tu reconnaîtras

Ce grain de cœur qui est à toi

Et ce que le prénom dessine,

Si tu veux bien être Margine.

Car s’il peut me donner ton cœur

Il signera notre bonheur,

À l’infini.

 

REFRAIN: Qu’importe comment tu t’appelles :

                    Adélaïde ou Isabelle.

                    Moi je veux que tu sois Margine,

                    Que tu sois seulement Margine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3
mar 2011
Posté dans Romans par lesfablesdechabreh à 11:37 | Pas de réponses »

                                                         Antoine CHABREH

                                                                EDENA

 

 

                                      Le temps seul peut permettre à certaines

                                  vérités de s’extraire du fatras des croyances

                                                         et des idées reçues.

 

  

Les êtres et les lieux cités dans cet ouvrage qui oscille entre le roman et le document, sont les résultats de contacts avec des entités par le truchement de médiums. Si notre mental étroit de terriens du 21ème siècle, à quelques exceptions près, ne nous permet pas de les voir, ils n’en sont pas moins réels pour autant. De toute façon les légendes trouvent leur source dans les réalités d’un passé lointain, apparemment oublié de tous et cependant toujours présent par leur intermédiaire.

Le personnage principal de cet ouvrage, Antoine, qui a failli périr noyé, est sauvé par des dauphins et transporté par eux sur une île que ni l’œil humain, ni ses instruments, ne peuvent détecter. Sur cette île, Antoine trouve un personnage singulier doté de pouvoirs étonnants, mais qui devraient être à la porté de tous les hommes s’ils pouvaient utiliser toutes les potentialités de leur cerveau. Grâce à cet homme et aux pouvoirs que l’île donne à ses occupants, Antoine va de découvertes en découvertes. Il apprend à partager la vie de deux peuples de l’eau tellement plus intelligents que les humains et pour qui nous ne sommes que des « poissons à deux pattes ». C’est dire l’opinion qu’ils ont de nous. Au fond de l’océan, il entre en contact avec un peuple naufragé, depuis des millénaires, d’une autre galaxie. À l’intérieur de l’une des plus hautes de nos montagnes, il découvre les derniers représentants d’une civilisation, issue d’une autre race-mère, qui a rendu la planète inhabitable par le mal atomique et dont les serviteurs nous sont connus sous le nom de Yétis. Il va savourer les beautés d’Océambre, la première civilisation de notre propre race-mère, condamnée à exister sous l’eau, la surface des terres étant interdite à la vie. Les hommes-oiseaux, gravés sur les rochers de l’île de Pâques, sont les derniers vestiges d’une civilisation qui n’a, malheureusement tant elle était belle, duré que deux ou trois générations. Sur une planète d’un monde parallèle, il va retrouver des êtres fabuleux, les licornes, qui habitèrent jadis une planète du système solaire, Terrom, dont une guerre avec les terriens a laissé des débris entre Mars et Jupiter. Etc. Le monde est si différent de ce que nos sens limités peuvent en connaître.

L'île d'Edena cliquer image pour agrandir.

 CHAPITRE I 

Une troupe de dauphins m’a sauvé de la noyade.

Assis sur le sable je n’arrive pas à me faire à l’idée de ma présence sur cette plage car, si je sais parfaitement comment j’y suis arrivé, je n’en suis pas moins incapable d’admettre que cela soit possible.

Nous sommes le 2 décembre et il va être midi à ma montre que je consulte d’un coup d’œil.

Je faisais ce même geste, il y a quelques heures, dans ma cabine du « Papeete », une espèce de paquebot d’avant la dernière guerre, moitié caboteur moitié bateau de plaisance à vocation buissonnière. Imposant par la taille, mais vétuste, il erre d’île en île, depuis plusieurs décennies, dans ce vaste Pacifique que j’ai résolu de visiter en laissant à la fantaisie spéculative du commandant le soin de fixer les étapes de mon exploration.

Du fret avait été embarqué dans les îles Phœnix, la semaine précédente, et depuis nous naviguions plus ou moins vers l’est en faisant des zigzags, dans le dessein de livrer cette marchandise sur des poussières perdues au milieu de l’océan.

Ce matin donc, à peine éveillé, j’avais eu la visite d’un homme d’équipage venu m’informer d’une invitation à déjeuner au carré des officiers. Dans mon esprit, cela ne pouvait signifier qu’un nouveau changement dans l’itinéraire du malgré tout toujours vaillant « Papeete ». J’étais acquis d’avance car la route du rafiot m’importait peu. Rien ne me pressait.

Le matelot avait profité de sa visite pour me signaler, avec un plaisir mal dissimulé, que nous arrivions sur un fort grain qui risquait de nous malmener avec une certaine brutalité.

Ma montre indiquait un peu plus de sept heures. Chemise et pantalon enfilés rapidement sur mon maillot de bain, je m’étais précipité, pieds nus, vers le pont, pour voir de plus près la tempête annoncée.

Nous étions arrivés en même temps, moi sur le pont et la tempête sur le bateau. Les superstructures se détachaient sur un ciel d’un noir d’encre et le vent entamait un concert funèbre qui m’avait fait hésiter à m’aventurer au-dehors. Mais, si l’intérieur du « Papeete » offrait des perspectives amicales, à défaut d’être tout à fait sûres, la curiosité, plus forte que la crainte, m’avait poussé hors de l’écoutille.

Ce que le matelot avait appelé un fort grain, entreprenait déjà de nous secouer férocement dans le claquement assourdissant des rafales de vent. Les hommes d’équipage encore sur le pont, s’agrippaient aux moindres aspérités ou cherchaient à se mettre à l’abri.

Au milieu de tout ce vacarme des sons familiers étaient parvenus jusqu’à mes oreilles. Depuis que je naviguais dans le Pacifique, j’avais souvent entendu le cri des dauphins. À en croire le raffut qu’ils faisaient et qui parvenait à dominer les bruits de la tempête, ils devaient être nombreux et proches. Ils étaient là en effet, tout autour, et semblaient danser, dressés sur leur queue, narguant les flots déchaînés qui les portaient à hauteur du bastingage, vague après vague. J’étais fasciné ! Certains de ces mammifères marins se faisaient même déposer sur le pont avant de se laisser ensuite glisser avec l’eau qui refluait. Et c’est là que je m’étais fait piéger. Irrésistiblement attiré j’avais profité d’une accalmie pour m’avancer. Bien sûr, je ne voulais rien d’autre qu’un rapide contact, une caresse à l’un d’entre eux, avant de retourner me mettre à l’abri ! Seulement j’étais trop avancé lorsque le vent avait repris brutalement et mon imprudence m’avait été fatale. Roulé comme un fétu de paille, incapable de la moindre réaction, j’avais été jeté par-dessus bord.

Le temps de reprendre mes esprits et de remonter péniblement à la surface, j’avais constaté que le « Papeete » n’était déjà plus à portée de voix. De toute façon, avec la tempête, et même si quelqu’un avait eu la bonne idée de me voir emporté, il aurait été impossible au commandant de faire machine arrière assez rapidement pour retrouver l’endroit où j’avais été balayé par les vagues.

J’étais fichu et seul responsable de cette situation ! Que ce soit à l’est, au nord, au sud ou à l’ouest il n’y avait que de l’océan et sur des distances que je m’étais refusé à imaginer. Les plus courtes devaient se mesurer en centaines de milles et encore à la condition de savoir repérer une île avec précision.

J’avais froid. J’étais bousculé par les vagues et assourdi par leur bruit et celui du vent. Pourtant, je n’étais pas affolé. Je dois avoir un côté fataliste dont j’ignorais l’existence et qui m’a été bien utile en la circonstance. Deux possibilités s’offraient à moi : me laisser couler sur place pour en finir rapidement ou nager jusqu’à épuisement en espérant disparaître dans une quasi-inconscience. De toute manière ce serait vite fait, étant donné mes très relatives qualités de nageur de fond.

Quel miracle espérer dans cet environnement de fureur liquide ?

Je n’avais pas encore décidé de ce que j’allais faire lorsque les dauphins s’étaient à nouveau manifestés. Je les avais oubliés pendant les quelques secondes dramatiques écoulées. Ils étaient pourtant aussi la cause de mon malheur ! Il y en avait maintenant une bonne vingtaine autour de moi et ils semblaient me saluer joyeusement, comme satisfaits du bon tour qu’ils venaient de me jouer.

-  Vous pouvez vous réjouir, vous ne risquez rien, vous ! Vous êtes dans votre élément !

Mais parler m’avait fait avaler quantité d’eau et n’avait en rien empêché les dauphins de poursuivre leur sarabande, allant même jusqu’à venir au contact.

J’avais lu, un jour, que des dauphins sauvaient parfois la vie de baigneurs en les aidant à regagner le rivage. Mais il n’y avait pas de rivage dans ce coin du Pacifique et les quelques spécimens qui dansaient autour de moi n’avaient certainement pas lu l’article. Même si certains d’entre eux étaient dévoués aux hommes, ils ne devaient pas nécessairement courir les océans à ma recherche.

Je me trompais. Non seulement, les dauphins dévoués existaient, mais ils devaient l’être tous car ceux qui m’entouraient avaient tout fait pour me le démontrer. L’un après l’autre ils s’étaient glissés sous moi et m’avaient transporté sur plusieurs mètres avant de me laisser retomber. Il m’avait fallu un bon moment pour comprendre qu’ils se proposaient de me prendre en charge. À la suite de cet éclair de lucidité je m’étais agrippé à la nageoire dorsale d’un grand spécimen au dos sombre, presque noir, avec le dessus de la tête et les flancs d’un blanc brillant, ce qui avait aussitôt déclenché un concert de sifflements joyeux.

À défaut d’être assuré de survivre, je savais que je n’étais plus seul sur ce coin d’océan. Je ne crois pas que plus de quelques minutes s’étaient écoulées depuis ma chute, mais elles avaient changé certaines visions que je me faisais du monde. En particulier je m’étais trouvé des amis capables de se faire comprendre sans utiliser la parole, des amis qui n’appartenaient pas au genre humain mais n’hésitaient cependant pas à venir à son secours. Restait maintenant à savoir ce qu’ils entendaient faire de cet individu accroché à leurs basques et qu’ils tractaient à toute vitesse vers ce que je pensais être le nord ou le nord-ouest, laissant le « Papeete », encore vaguement visible, poursuivre sa route, plein est, dans la tempête.

-  Pourquoi allez-vous dans cette direction ? Il n’y a rien sur des centaines de milles ! Pourquoi ne pas poursuivre le bateau ? 

Je ne pouvais m’empêcher de leur parler. J’étais convaincu qu’ils me comprenaient parfaitement, même si leur petit œil intelligent ne m’apportait aucune réponse. Je n’avais d’autre solution que de me laisser faire.

Il y avait un bon moment que le grand dauphin me tirait lorsqu’il avait accéléré brutalement, me forçant à lâcher prise et provoquant un instant de panique. Mais le plus proche de ses congénères était venu prendre le relais et nous étions repartis, toujours en droite ligne.

Cette direction m’obsédait car nous nous dirigions vers un endroit du Pacifique absolument vide de toute terre.

Le temps passant, j’avais commencé à sentir mon corps s’engourdir et éprouvé des difficultés à maintenir ma prise. De leur côté, les dauphins devaient sentir la fatigue, eux aussi, mais ils filaient toujours bon train, se contentant de relais plus courts.

Cela avait duré au point que l’engourdissement de mon corps s’était communiqué à mon cerveau sans être perturbé par les prises de relais, et qu’il avait fallu un changement notable dans le comportement de mes amis pour me sortir de ma torpeur. Certains sautaient hors de l’eau comme pour attirer mon attention sur quelque chose. Ils sifflaient et caquetaient comme lors de la prise de contact, mais je ne voyais rien, même en levant la tête autant que cela m’était possible. Pas le plus petit bout de bateau, rien pour justifier cette agitation. Pourtant, quelque chose avait indiscutablement provoqué ce changement. Il ne pouvait en être autrement. Et nous filions toujours aussi droit et aussi vite. Leur radar avait certainement perçu un bateau que le regard ne pouvait encore enregistrer. Puis une forme était enfin apparue sur l’horizon et s’était rapidement rapprochée.

- Comment saviez-vous qu’il y avait un bateau à cet endroit ? Et pourquoi celui-là plutôt que le « Papeete » ? 

Encore ce réflexe très humain d’utiliser la parole pour dire des stupidités ! Ces charmants mammifères avaient un objectif, c’était évident, car ils auraient pu s’éviter la corvée du remorquage. Ils agissaient donc de propos délibéré et je m’étais trouvé avec un problème supplémentaire sur les bras puisqu’il m’avait fallu admettre que j’étais agrippé, depuis plusieurs heures, aux nageoires d’êtres intelligents accomplissant un acte réfléchi en ma faveur.

Mes réflexions avaient été interrompues à ce stade, car la forme vague prise pour un bateau, s’était muée en paysage. Malgré les brûlures infligées à mes yeux par le sel de mer, j’avais commencé à distinguer le sommet d’une montagne. Quelques minutes plus tard il était devenu évident que nous nous dirigions vers une terre posée au beau milieu de l’élément liquide. Le nouveau problème c’est que nous devions être la proie d’un mirage. Aucune carte ne signalait une île en cet endroit exclusivement maritime, et qui plus est, particulièrement profond.

C’est pourtant sur ce mirage que les dauphins m’ont déposé, bien au sec sur une plage de sable blanc piqueté de rouge et de jaune et ils sont là, dans l’eau, à quelques mètres de moi, et il va être midi. Ils sont manifestement heureux de m’avoir conduit sain et sauf jusqu’ici et ils le montrent en exécutant des cabrioles qui les font jaillir hors de l’eau dans des sauts périlleux impressionnants. Leurs corps fuselés s’entrecroisent dans un ballet à la signification mystérieuse.

Mes sauveteurs sont tous d’une taille supérieure à ceux que j’ai pu voir auparavant. Je n’ai aucune idée de ce que je dois faire pour les remercier de m’avoir gardé en vie. Alors je leur adresse un petit signe de la main tout en disant merci à haute voix et je m’avance dans l’eau. Ils se sont immobilisés et attendent en me fixant d’un petit œil rieur. Celui qui a été le premier à me prendre en charge, avec ses flancs et son crâne blanc, s’est posé sur le sable dans l’eau peu profonde. Je m’agenouille près de lui et je dépose un baiser sur son front. Quelques instants encore le silence pèse sur le groupe et soudain c’est la folie ! Les vingt corps se lancent dans une danse effrénée faite de sauts, de plongeons, de piqués, de retournements et de je ne sais quelles cabrioles insensées, le tout accompagné d’une indescriptible et stridente cacophonie. Puis, tout aussi soudainement et avec un ensemble parfait, ils se dressent sur leur queue et se dirigent vers le large. Arrivés à hauteur des récifs qui brisent l’élan de l’océan à trois ou quatre cents mètres de la plage, ils plongent et je me retrouve seul.

Je suis si ému que je reste longtemps à genoux dans l’eau avant de prendre conscience de ma situation. J’ai assez étudié les cartes des îles avant de m’embarquer pour être certain qu’il n’y a que de l’eau dans cette région du Pacifique. Il ne peut y avoir, sous mes pieds, aucune terre reconnue par l’homme. À moins que mes amis dauphins ne m’aient transféré sur une autre planète, l’endroit où je suis n’existe pas.

Je retourne m’asseoir sur le sable, face à l’océan, et je reste un moment immobile, à écouter. Je suis sur une plage au beau milieu d’une petite crique et les sons qui me parviennent sont ceux que l’on peut entendre sur toutes les plages. Il y a le bruit des vagues, le souffle du vent et les cris des oiseaux de mer. Pourtant, ils me parviennent comme atténués, assourdis. Le choc des eaux contre les récifs, là-bas devant moi, jette vers le ciel des gerbes d’écume qui éclatent la lumière en millions de soleils. Mais le spectacle est plus visuel qu’auditif, comme si les sons étaient renvoyés vers le large. Le vent d’est, qui arrive sur ma gauche et saute par-dessus des rochers, me frôle gentiment au passage en libérant quelques embruns. Il n’a plus rien de commun avec cette force qui pousse brutalement les flots contre les récifs. Le bruit en est comme étouffé, comme avalé par les rochers eux-mêmes. Les oiseaux de mer, dont les cris ont habituellement une stridence passablement incommodante, semblent retenir leur puissance vocale pour ne pas déranger. Dans le ciel agrémenté de quelques nuages épars, Sa Majesté Soleil, au zénith, chauffe juste assez pour être agréable.

La première impression qui domine, ici, c’est que tout paraît tourné vers une subtile recherche de calme et de sérénité. C’est en tout cas une sensation qui s’impose et qui aurait pu être apaisante si j’en avais éprouvé le besoin. Car je suis serein, malgré ma situation, et je ne m’en étonne même pas. Je constate les choses sans frayeur. Je ne suis ni réjoui ni affecté.

Je décide de partir en exploration et, en me redressant, mon premier réflexe est d’aller vers la partie basse à droite, la plus facile car sans rochers. Je réalise tout de suite mon erreur et fais demi-tour. À l’est commence une arête rocheuse qui s’élève progressivement jusqu’au pic volcanique qui domine le paysage. Un peu d’altitude devrait me permettre d’avoir une idée plus précise des lieux.

La roche sur laquelle je m’engage est le rebord d’une falaise qui plonge dans l’océan. La partie émergée n’est que de quelques mètres, sous mes pieds. Elle s’élève régulièrement en direction du nord et de la montagne. Les vagues s’y brisent sans violence et presque en silence. Par contre, elles m’aspergent copieusement ce qui ne fait que me mouiller un peu plus. Pourtant je n’ai pas froid, la température est douce et il ne devrait pas me falloir longtemps pour sécher, une fois à l’abri. L’eau est si pure que je peux voir les étoiles de mer et les coquillages, accrochés à la paroi, sur plusieurs mètres de profondeur. Un peu plus loin, devant moi, la falaise fait une sorte de dos d’âne qui émerge de la végétation humide et dense qui rampe sous le vent léger. Je me remets en marche et cela devient plus pénible sur ce terrain légèrement ascendant, accidenté et glissant, auquel mes pieds nus ont du mal à adhérer.

C’est en progressant sur ce sol humide et dangereux que je réalise tout à coup l’incroyable de ma situation. Quelque cinq heures plus tôt j’étais pris, sans aucune chance de survie, dans une tempête effroyable et je me retrouve maintenant sur la terre ferme, difficile d’en douter encore, grâce à une bande de dauphins dévoués et après des dizaines de milles accroché à leur nageoire dorsale. En fait, je ne sais même pas à quel moment nous sommes sortis de la tempête. Pas plus, d’ailleurs, que je ne sais ce que je vais devenir maintenant que la mort m’a laissé échapper. Je suis là, au milieu du Pacifique, perdu, et pourtant je continue à n’éprouver aucune inquiétude.

Je suis arrivé au sommet du dos d’âne et un bref tour d’horizon me confirme que cette terre est une île. Il ne me sera pas nécessaire de grimper plus haut pour en avoir la preuve. L’ensemble rocheux a la forme d’une immense virgule dont la partie renflée est le piton, au nord, et dont la queue aboutit à la petite crique dans laquelle les dauphins m’ont déposé. Toute la façade est plonge à pic dans l’océan tandis qu’à l’ouest la nature a accolé à cette masse inébranlable un paradis enchanteur sur le modèle des Iles de la Société, agrémenté d’un merveilleux lagon. Si, autour de moi, la végétation est rase, uniformément verte et plaquée au sol, elle grandit en taille à mesure qu’elle escalade les pentes en direction du sommet de l’île. Elle est variée et multicolore partout ailleurs. La virgule de roche semble avoir été placée là dans le dessein de servir de point d’ancrage à l’ensemble et d’abriter cet éden des vents d’est. J’ai comme l’impression d’être posé sur une gigantesque palette de peintre, une palette allongée dont toute la frange droite est couverte de peinture verte, épaisse, tandis que le reste s’habille de touches multicolores et chatoyantes.

Une barrière d’écume provoquée par des récifs entoure l’île, y compris la dure falaise de l’est, pourtant d’apparence difficilement abordable. Elle est seulement interrompue en deux endroits dont l’un a été utilisé par mes sauveteurs pour accéder à la petite crique. Le second se situe juste un peu au-dessus de l’entrée du lagon. Tout cela ressemble à un système naturel de protection.

Ma connaissance de la flore locale est assez limitée et je ne suis capable de discerner dans le paysage que les cocotiers, nombreux évidemment, et les palétuviers et autres flamboyants dont les dominantes rouges font saillie dans le décor. Mais un cacatoès, ça, je suis parfaitement en mesure de le reconnaître lorsque j’en rencontre un. Celui qui vient d’apparaître sur un buisson au pied de mon perchoir m’ausculte d’un œil malicieux comme s’il était heureux de la surprise qu’il me fait. Sa tête est penchée de côté et sa crête jaune, animée d’un mouvement permanent d’avant en arrière, est révélatrice de l’intérêt qu’il me porte. La tache blanche qu’il fait sur son environnement est comme une invite amicale encore accentuée par trois congénères qui arrivent en se dandinant. Je saute de mon rocher et je m’accroupis devant eux. Ils n’ont qu’un très léger mouvement de recul.

-  Vous n’êtes pas vraiment craintifs, les amis. Auriez-vous déjà eu des contacts avec le genre humain ?

Au son de ma voix, ils penchent un peu plus la tête, mais restent là à attendre, tranquilles et attentifs.

Avec la présence de ces petits êtres, je prends conscience de la vie qui règne autour de moi. Des lézards courent sur les rochers, des crabes entrent ou sortent de l’eau et des poissons, des nuées de poissons, lancent des éclairs de couleurs dans toutes les directions. Sérénité, lumière, couleur. Je me surprends à penser que cet endroit doit être le Paradis et que c’est pour cette raison qu’il est protégé de tous côtés et qu’il ne figure pas sur les cartes.

De prime abord, l’île doit être deux fois plus longue que large et son sommet volcanique culmine probablement vers quatre ou cinq cents mètres. J’ai toujours eu un sens inné des proportions et des distances. De profondes vallées découpent la montagne en larges tranches. Au fond de l’une d’elles je devine un tracé argenté qui est certainement un torrent ou plutôt une petite rivière, si je m’en tiens à l’ambiance des lieux. Deux grands aigles planent au-dessus du piton en donnant de loin en loin quelques coups d’ailes.

Les cacatoès m’observent toujours et j’en viens à me demander ce que ces volatiles, qu’un vague savoir me dit originaires du sud de l’Asie, peuvent bien faire ici. Il est vrai que ce n’est jamais qu’un mystère de plus.

Je détaille maintenant la partie la plus accueillante de cette terre providentielle. Elle est en partie couverte de cocotiers, uniformément penchés vers l’ouest, ainsi que d’une végétation luxuriante et colorée qui allie le jaune de minuscules buissons au rouge déjà repéré des flamboyants, en passant par toute la gamme des couleurs. Si ce n’était pas totalement contradictoire je dirais même qu’il y a là des cerisiers et des poiriers, pour ne citer qu’eux parmi les arbres qui me sont familiers.

C’est une large étendue plate qui se relève légèrement aux abords de la masse rocheuse. Elle débute au nord, en partie cachée par le piton, s’arrondit largement à l’ouest, revient en englobant le lagon et se termine par une courbe superbe dans la petite crique de mon arrivée. L’eau du lagon est si limpide que j’en devine le fond depuis ma position. Son accès à l’océan est étroit. Le ruban argenté descendu de la montagne le longe un moment avant de s’y jeter. Cette île est la réunion d’un massif volcanique et d’un atoll avec son lagon et si je dois être le nouveau Robinson, installé là par des dauphins, ce sera dans un lieu enchanteur.

Les quatre psittacidés prennent tout à coup leur essor et filent à tire-d’aile en criaillant à qui mieux mieux.  La dizaine de mètres de dénivellation entre ma position et le lagon, vers quoi ils se dirigent, leur assure un vol tendu. Alors qu’ils deviennent difficiles à distinguer, ils se posent sur la plage aux pieds d’un homme qui vient de surgir d’un bosquet de cocotiers.

J’en reste stupéfait avant de réaliser que je ne suis pas seul et qu’il y a au moins un autre être humain sur cette terre égarée dans les eaux. Malgré la distance, je vois que le personnage me fait de grands signes des deux bras pour m’inviter à venir jusqu’à lui et je me lance aussi vite que mes pieds nus m’en laissent la possibilité. Je ne voudrais pas que ce compagnon imprévu ne soit qu’un mirage.

Il est bien réel et m’accueille avec un large sourire en me tendant une main franche et chaleureuse :

-  Bienvenu sur Edéna, ami Antoine. 

Je prends la main avec empressement avant d’enregistrer qu’il m’a appelé par mon prénom. Je balbutie, essoufflé :

-  Comment pouvez-vous savoir qui je suis !

- Les explications viendront un peu plus tard. En attendant laisse tomber le vous et suis-moi. Je crois qu’il te faut d’abord te remettre de tes émotions, car j’imagine aisément tout ce que tu as dû ressentir depuis ce matin. Je m’appelle Jean-Marc et je sais que tu n’as pas eu le temps de prendre ton petit-déjeuner sur le « Papeete ».

- Alors bonjour Jean-Marc et merci d’être là. Est-ce que je peux savoir qui vous… pardon, qui tu es et quel est cet endroit qui n’existe pas sur les cartes ?

- Tu l’as dit toi-même, tout à l’heure, une sorte de Paradis.

- Tu peux lire en moi ?

- J’étais à l’affût des images émises par ton esprit.

- À l’affût des images !

- Tu comprendras vite. Je te dirai tout dans le détail, mais tu dois d’abord te mettre quelque chose sous la dent et prendre un bain d’eau douce pour éliminer le sel qui a séché sur ton corps.

- Un bain ? Ici ? Je comprends de moins en moins !

- Viens avec moi et tu verras.

Sans plus attendre Jean-Marc se retourne et s’enfonce sous les cocotiers. Je lui emboîte le pas et nous faisons une trentaine de mètres avant d’aboutir à une clairière en forme de cône tronqué penché vers l’ouest du fait des arbres qui l’entourent.

- Voilà, me dit-il, c’est ici que je vis et qu’il te faudra vivre.

D’un geste large, il désigne le décor circulaire. Sur la droite, les cocotiers font une voûte naturelle qui protège un abri aménagé avec des branches entrelacées et de larges feuilles. C’est une sorte de claie vive sous laquelle est installée une vaste couche faite de fourrures étranges, vertes et jaunes, superposées et d’une épaisseur considérable. Au centre de la clairière, directement sous la lumière du ciel, scintille l’eau d’un bassin naturel. De forme vaguement rectangulaire, il est entouré sur trois côtés de petits rochers, tandis que la partie qui nous fait face est une plage en miniature où l’eau clapote. Cette eau est manifestement courante, ce qui ne manque pas de surprendre puisque sans rapport apparent avec la rivière issue de la montagne. Elle est parcourue d’éclairs argentés émis par de petits poissons.

- La baignoire d’eau douce, dit Jean-Marc en montrant le bassin. Il faut la partager avec quelques poissons, mais ils sont plutôt amicaux. Tu devrais t’y plonger maintenant, pendant que j’achève de cuire ton déjeuner. Attention, l’eau est très froide, elle vient de l’intérieur. Le premier contact est difficile.

- Est-ce que tu vas enfin me donner quelques explications ?

- Après le bain, pendant que tu te restaureras.

J’ôte mes vêtements, maintenant raidis par le sel, et je m’avance. Les cacatoès se sont installés sur les rochers du bord et suivent attentivement chacun de mes gestes. Un peu en arrière, un transat est recouvert, lui aussi, d’une fourrure jaune et verte. Des oiseaux de différentes couleurs traversent la clairière en gazouillant tandis que des papillons volettent çà et là. Un parfum indéfinissable flotte dans l’air.

J’entre dans l’eau. Elle est glaciale ! J’hésite un instant, mais le petit œil observateur des cacatoès me décide. J’avance d’un coup et je m’accroupis. C’est terrible, mais cela ne dure que quelques brèves secondes avant que le froid ne cède la place à une voluptueuse sensation de bien être. Je m’immerge pour enlever également le sel de mes cheveux puis m’allonge en posant ma tête sur le sable. Je ferme les yeux et je laisse la vie entrer en moi par tous les pores de ma peau. Car c’est vraiment l’impression que me donne le contact de cette eau.

Le temps d’une pensée, il me revient le souvenir d’une lecture. Les rois de France, dans le passé, se rendaient à Etretat où ils pouvaient accéder secrètement à une rivière souterraine. Ils s’y trempaient pour se régénérer. Cette rivière descendait directement de l’Himalaya. Peut-être suis-je allongé dans une eau possédant les mêmes propriétés ?

- Jean-Marc ?

- Oui ?

- Est-ce que cette eau a des propriétés particulières ?

- Tu es encore plus réceptif que je ne l’imaginais ! L’île agit vite sur toi puisque tu as déjà compris ça. Cette eau a des propriétés remarquables, en effet. Ceux qui la boivent ou s’y baignent deviennent plus forts, plus résistants, ont l’esprit plus délié et peuvent accéder à des formes de pensées inconnues du reste de l’humanité actuelle.

- Elle aurait les mêmes effets que la rivière qui passe sous Etretat ?

- Exact. C’est d’ailleurs peut-être la même.

- Si loin !  Comment est-ce possible ?

- L’eau est le sang de la planète. Il y a sous la surface des terres autant d’eau, mers et océans mis à part, qu’au-dessus. Elle circule dans le corps du globe comme le sang dans notre organisme. Certains courants parcourent des distances fabuleuses en passant même sous les océans. C’est ainsi que de l’or trouvé en Europe peut parfaitement provenir directement des Andes. Le Nil, qui est déjà le fleuve le plus long du monde, ajoute encore considérablement à sa longueur si l’on considère sa partie non visible. C’est une vérité que les géographes apprendront peut-être un jour. Nous aurons l’occasion de parler plus longuement de ce fleuve extraordinaire.

Tout en parlant, Jean-Marc est revenu vers le bassin. Avec lui arrive une agréable odeur de poisson qui me fait saliver. Trop occupé à essayer de comprendre, je n’avais plus pensé à mon estomac qui se réveille brutalement. Il devra cependant attendre encore quelques instants car Jean-Marc vient aussi avec des explications dont je n’ai pas l’intention de perdre un seul mot :

- Il y a trente ans que je suis sur Edéna.  En arrivant j’étais myope et complètement perdu sans mes lunettes. Je n’en porte plus, comme tu peux le voir. Un mois de bains quotidiens et j’avais recouvré ma vue d’adolescent. Remisées au magasin des accessoires, les lunettes ! En fait, j’avais quarante ans et je les ai gardés. C’est tout dire ! Imprègne-toi tout de suite de cette vérité première que le corps humain est fait pour durer cent vingt ans et conserver presque jusqu’au bout la jeunesse de ses cellules. Ce sont les mauvaises habitudes de vie qui conduisent à une décrépitude précoce. L’évolution négative, déjà bien entamée pour moi, a été arrêtée net par un bain d’environ vingt minutes tous les jours pendant ce premier mois. Depuis cette époque, le bain et la vie naturelle à laquelle il n’est pas possible de se soustraire, ont fait de moi un jeune homme de soixante-dix ans. La Nature, avec un grand N, possède ce pouvoir de maintenir l’homme au plus haut de sa forme pratiquement jusqu’aux derniers instants. Et c’est valable aussi bien pour le physique que pour le mental.

- Alors, tu as vraiment soixante-dix ans ?

- Vraiment. Plus quelques mois.

J’ai des difficultés à accepter cette information. À regarder Jean-Marc je n’arrive déjà pas à lui donner quarante ans, alors soixante-dix ! Il est aussi grand que moi, qui mesure un mètre quatre-vingt-cinq, il a des muscles longs et noueux qui lui font une silhouette élancée mais qui dégage une force évidente. Son poil est châtain clair avec des cheveux mi-longs et son visage est couvert d’une courte barbe. Ses yeux, clairs, sont profonds comme l’océan qui nous entoure. Son nez est fort et droit. Pour tout vêtement, il porte un short fleuri qui ne date certainement pas de son arrivée dans l’île. Son corps est doré comme un pain bien cuit. Et si j’ai bien compris, tout cela est dû à l’action de la rivière dans laquelle je suis allongé.

Pour ce qui me concerne, je suis plutôt excessivement bronzé et un tantinet enveloppé par le farniente de ces vacances prolongées. J’ai le cheveu brun et le visage rasé de ce matin. Mon maillot de bain est un slip bleu. Je viens d’avoir trente-cinq ans et je n’ai, évidemment, subi aucun bain de jouvence. Je fais bien mon âge, mais si je reste sur Edéna, à en croire Jean-Marc, cet âge, je le conserverai physiquement et mentalement jusqu’aux environs de cent vingt ans.

La perspective de rester quatre-vingt-cinq ans sur cette île quasiment déserte ne me choque ni ne m’effraye.

Tout à mes réflexions je sors de l’eau et, à la suite de mon hôte qui tient toujours son poisson grillé, me dirige vers le bord ouest de la clairière. Une longue et lourde table est installée sous les premiers arbres. C’est une forte planche vernie posée sur deux gros billots. À côté, trônent une chaise pliante et un fauteuil. Sur la table, il y a des fruits variés et une boule que je sais venir de l’arbre à pain, ainsi que deux grosses pommes de terre, fumantes, posées dans un saladier en bois, sans oublier un cruchon d’eau fraîche.

- J’avais tout préparé pour ton arrivée, me dit Jean-Marc en désignant la chaise pliante. Installe-toi et mange. J’espère que tu vas apprécier ce premier repas sur Edéna.

- Merci pour mon estomac qui commence effectivement à réclamer. Ce n’est pas la première fois que tu fais allusion à mon arrivée préparée et attendue ! Tu veux bien m’expliquer, maintenant ?

- Disons que dans la tranche de vie qui nous concerne, je savais que tu allais tomber à l’eau. C’est la raison pour laquelle je t’ai envoyé les dauphins…

- C’est insensé !

- Pas du tout. Je t’ai envoyé nos amis parce que je savais que tu allais disparaître dans cette tempête.

- Sans les dauphins je n’aurais pas commis l’imprudence de m’avancer !

- C’est vrai, mais il s’agissait de prévenir un autre accident, identique, qui serait survenu quelques minutes plus tard, sans recours.

- Alors, tu peux lire dans l’avenir, commander aux êtres…

- C’est encore bien plus complexe que ça, Antoine. J’étais présent lors de ton sauvetage. Immatériel, mais présent. Tu vas apprendre l’île et bientôt tu comprendras ces mystères qui te maltraitent l’esprit en ce moment. Mais si tu ne te décides pas à manger, ton poisson va être froid ! C’est finalement assez simple, tout ça, tu verras.

- Simple !  Qu’y a-t-il de simple dans ce qui vient de m’arriver ? Je laisse tout tomber pour venir naviguer dans les Mers du Sud, même une amie très chère qui doit se poser, Dieu seul sait quelles questions sur ma décision…

- Si tu le veux, nous pourrons faire en sorte de calmer ses inquiétudes.

- Mais comment donc ! Je disais qu’après avoir tout quitté, je me retrouve sur un bateau pris dans une tempête et que là, stupidement, je tombe à l’eau pour avoir écouté chanter des dauphins. Des dauphins programmés pour me récupérer et me ramener sur une île qui n’existe pas, mais qui est un vrai paradis. Sur cette île, il y a un homme qui connaît l’avenir, se déplace sans son corps, parle aux mammifères marins et se propose de soulager les inquiétudes de ma fiancée, à l’autre bout de la planète. Sans bouger de son morceau de terre. Et en plus il me déclare, sans rire, que je vais bientôt être comme lui. Tout ça est bien naturel, c’est évident !

- Il est parfait, ton résumé.

        Ce disant, il s’installe confortablement dans le fauteuil et ferme les yeux.

3
mar 2011
Posté dans Romans par lesfablesdechabreh à 11:26 | Pas de réponses »

  Jean-Marc reste un moment silencieux, comme s’il cherchait à rassembler ses idées puis, tandis que je m’attaque, enfin, à la nourriture placée devant moi, il commence à parler :- Comme tu le sais depuis quelques minutes, j’avais quarante ans à mon arrivée sur Edéna. J’avais donc déjà vécu en partie mon existence d’homme parmi les autres hommes. Je résume. Avec mon frère, de deux ans plus jeune que moi, nous secondions notre père qui dirigeait l’entreprise de textiles héritée de plusieurs générations de travailleurs acharnés. Lorsque notre père est mort, j’ai laissé mon frère prendre la direction devenue vacante. Au fil des ans je m’étais aperçu que j’aspirais à autre chose. Je préférais de loin étudier le langage des ruines, manipuler de vieilles pierres ou fouiller à la recherche d’anciennes civilisations.

- Je peux t’interrompre un instant ? Il ne te semble pas surprenant que nous soyons tous les deux Français ? Le hasard a bien fait les choses, non ?

- Le hasard n’existe pas. Je dirais plutôt que tant qu’à recruter quelqu’un pour un long séjour en ma compagnie, autant piocher dans la même communauté de langues. De toute façon ma vision m’a été imposée. Si nous sommes ici c’est que la Terre est menacée et que nous devrons peut-être avoir à jouer un rôle dans sa sauvegarde. En attendant peu importent les raisons qui ont motivé le choix de nos personnes pour cette mission.

-  Quelle mission ? Quelle sauvegarde ?

- Plus tard, Antoine. Aboutir sur Edéna n’est pas sans implications. Laisse-moi en finir avec mon histoire ! Comme je le disais, faire des recherches sur le passé me passionnait autrement que discourir sur des stratégies de vente. Et puis, surtout, je supportais de moins en moins bien le comportement de l’homme à l’égard de son environnement et son matérialisme effréné. Comme j’avais assez de fortune pour ne pas être forcé de gagner ma vie au quotidien j’ai décidé, un jour, de prendre un congé sabbatique. C’était il y a trente ans. Nous possédions un petit yacht qui ne nécessitait qu’un homme d’équipage pour la manœuvre. Cet homme et moi sommes partis pour le Pacifique avec la seule et ferme intention de nous laisser vivre. C’est après avoir quitté Hawaii que les choses se sont gâtées. Une tempête dans le genre de la tienne. Elle nous est tombée dessus alors que nous étions dans l’impossibilité de nous abriter. Le yacht a été pris par le travers et j’ai été assommé. Quand j’ai repris conscience le plancher me servait de lit et nous étions immobilisés. J’avais mal au crâne et je saignais abondamment d’une plaie au front.

- Et tu étais arrivé sur Edéna ?

- Oui. La coque était littéralement incrustée dans les récifs coralliens qui entourent l’île. Je ne savais pas où j’étais et mon matelot avait disparu. Mes appels en direction de la terre, que je voyais à quelques centaines de mètres, étant restés sans effet, j’ai tenté de faire parler les instruments de bord. En vain. Plus rien ne fonctionnait. De toute façon, ils ne m’auraient donné aucune indication.

- Pourquoi cela ?

- Parce qu’Edéna n’existe pas, en tout cas pour les hommes de la planète. L’île est occultée pour les instruments de navigation, dont les rayons sont déviés, tout comme les regards. Nous sommes au centre géographique du Pacifique, mais le fait de le savoir ne rend pas Edéna plus visible. Un bateau qui viendrait droit sur l’île ferait un détour sans même se rendre compte qu’il dévie de son axe. Mais je n’ai acquis ces connaissances que plus tard, évidemment. Je me suis soigné avec la trousse de secours et j’ai ensuite pu constater que le yacht était devenu une épave. Il ne me restait plus qu’à gagner la terre ferme avec le secret espoir que mon compagnon de voyage y avait été déposé par l’océan. Idée absurde, bien sûr ! Mais l’espoir s’accroche parfois à ces absurdités. Et puis, les îles du Pacifique ne sont-elles pas habitées ? Seulement ce n’était pas le cas de celle-ci et pas de trace de mon homme d’équipage. C’est totalement épuisé par mes recherches que j’ai fini par aboutir dans cette clairière et que je me suis jeté dans le bassin. Maintenant que tu connais les effets produits par son eau, tu imagines aisément le résultat sur ma fatigue. J’en suis sorti complètement retapé et prêt à affronter un avenir de Robinson.

- Comme moi, tout à l’heure.

- J’ai passé le reste de la journée à récupérer et rapporter sur la plage tout ce qu’il y avait de détachable sur le yacht, et même un morceau du pont pour confectionner la table.

- Mais certainement pas ces extraordinaires fourrures jaunes et vertes.

- Non, évidemment, il n’y a pas d’animal portant ce genre de pelure sur notre bonne planète. Elles viennent de très loin dans la galaxie, d’une planète non-évoluée où des tigres énormes et particulièrement féroces prolifèrent au point de mettre en péril l’existence des autres espèces. Des chasses s’y déroulent périodiquement qui ont pour but de maintenir un juste équilibre.

- Des chasses d’extraterrestres ?

- Tout juste, mais ce sont des amis comme il y en a peu et qui utilisent cent pour cent de leur cerveau. Ils peuvent lire en nous, ils peuvent se déplacer dans les airs sans autre moteur que leur pensée, ils peuvent se projeter dans le passé ou l’avenir, et pour ne rien gâcher, ils sont capables de séjourner dans l’eau comme de simples poissons. Tu peux comprendre ?

- En tout cas, je m’y efforce.

- C’est déjà bien. Nous aurons l’occasion d’y revenir, fais-moi confiance. De toute façon tu les rencontreras. Je termine mon histoire. Avec moi, sur le bateau, il y avait un couple de cacatoès, deux des quatre voyous qui nous surveillent. Leur cage était à moitié écrasée, mais ils vivaient toujours. Quand je les ai libérés, ils ont filé comme si le diable était à leurs trousses, mais le lendemain ils étaient de retour. Depuis, ils ont eu deux rejetons et ils ne me quittent plus.

- Ces deux couples n’ont pas eu d’autres petits ?

- L’île n’accepte pas, actuellement, de surpeuplement, quel qu’il soit. Il y a une limitation systématique avec un nombre qui varie selon les espèces et les besoins. Je suppose qu’à la mort de mes deux vétérans, les jeunes auront, à leur tour, deux héritiers et ainsi de suite. 

- Edéna limite donc d’elle-même les populations ! Elle est programmée ou vivante ?

- Un peu des deux. Sur l’île, tout ce qui est animal ou végétal suit une règle stricte de reproduction selon des critères qui concernent l’avenir de la planète.

- Dans l’animal, il y a nous ?

- Oui, bien que rien ne me permette d’en faire la démonstration. Tout ce que j’ai pu voir ou étudier, depuis que je suis ici, a toujours été limité. Dans ces conditions pourquoi en irait-il autrement de nous ? Et puis c’est confirmé par nos amis extraterrestres. Je n’en finirai jamais avec mon arrivée ici ! En fin de journée, le yacht était vide de tout ce qui pouvait être transporté. J’ai mangé du chocolat et quelques fruits locaux et j’ai dormi. Le lendemain, à mon réveil, le bateau avait disparu et je n’ai jamais pu en retrouver la trace. Il faut croire qu’une force raisonnée avait attendu la fin du transbordement pour faire disparaître du paysage cet objet incongru.

- Une force raisonnée ! C’est bien ça ! Depuis ma prise en charge par les dauphins, cette idée n’arrête pas de me trotter dans la tête. Avec le temps, tu dois t’être forgé des certitudes ?

- C’est l’île, tout simplement. Elle est une parcelle vivante d’une planète vivante qui appartient à un univers vivant. C’est cela le Grand Secret, la Voie pour trouver Dieu.

- Tu m’assènes des informations que je ne suis pas toujours en mesure d’intégrer, même si je suis ouvert à toute suggestion. Il me faut assimiler trop de choses à la fois !

- Il est vrai que pour moi cela a été très progressif. Mais soyons plus matériels, que dis-tu de mes pommes de terre en robe des champs ?

- Un régal. Elles étaient là à ton arrivée ?

- Bien sûr ! Il y a de tout, ici, en matière de légumes et de fruits. Seule la viande est exclue et cela se comprend. Le poisson suffit pour compléter les besoins alimentaires. Au début, je pêchais avec le matériel du yacht, maintenant j’ai une nasse dans le lagon, elle fait un excellent garde-manger, toujours très bien approvisionné.

- J’ai deux questions qui se bousculent sur mes lèvres.

- Je t’écoute.

- N’as-tu pas songé à quitter l’île ?

- Pour être franc, je me suis surtout demandé pourquoi cette pensée ne me venait jamais. A aucun moment, je n’ai éprouvé le désir de partir, pas même pour quelques jours. Je pense qu’il en sera ainsi pour toi, car Edéna est la présence permanente de l’Essence de Dieu. Elle est tout ce que devrait être la Terre. Et puis elle est là en vue d’un possible sauvetage de la planète.

-  Est-ce là cette mission à laquelle tu as fait allusion ?

- Edéna existe depuis le début du peuplement humain, mais elle n’a été connue que de quelques privilégiés, de loin en loin, chaque fois que les civilisations se sont trouvées en danger.

- Ce qui veut dire ? Que risque notre vieille boule ?

- Son anéantissement. Edéna est un asile, un lieu de rassemblement où se retrouvent les quelques êtres choisis pour aider au redémarrage et servir de guides aux survivants des cataclysmes qui vident en grande partie et périodiquement les terres émergées. Edéna faisait partie du continent Muu, avant sa destruction. Il y a huit autres îlots de survie, éparpillés et invisibles.

- Tu les connais ?

- Bien sûr ! Je les ai tous visités. Il est aussi arrivé que des hommes, non initiés, en découvrent accidentellement l’existence du fait de situations météorologiques particulières.

- Et cela est connu du public ?

- Oui, mais sans pouvoir, jamais, être prouvé. L’amiral Bird, ce célèbre explorateur, a eu l’occasion d’accéder à un asile de l’Antarctique. Lors de l’un de ses voyages d’exploration, il est arrivé dans une vallée luxuriante plantée au beau milieu des glaces. Il y a vu des lapins et des fleurs magnifiques, entre autres, mais il n’a jamais pu en retrouver le chemin après en être sorti. Il existe un autre cas, plus connu, celui de ces navigateurs qui aperçoivent de temps en temps, dans l’océan Atlantique, une terre qu’ils ne parviennent jamais à aborder. Elle s’évapore comme un mirage dès qu’ils s’en approchent.

- J’ai lu quelque chose sur ces deux événements, maintenant que tu en parles.

- Comme tout le monde, bien sûr, et tu t’es dit que ces gens avaient eu des hallucinations. C’est très bien ainsi puisque les refuges doivent rester secrets. Il y en a un troisième qui est encore plus connu puisqu’il a servi de point de départ à un célèbre roman de Jules Verne. Les héros de « Voyage au centre de la Terre » sont partis du refuge du pôle Nord.

- Mais alors, Jules Verne en connaissait l’existence ?

- C’était un initié et, d’ailleurs, la majorité de ses écrits comportent des informations que d’aucuns savent décrypter. Ces oasis, dont Edéna est la plus agréable selon moi du fait de son lieu d’implantation, sont des havres de paix destinés à le rester de par la volonté d’êtres supérieurs.

- Toujours les extraterrestres ?

- Fatalement. Aucune science terrestre n’est en mesure de rendre un quelconque territoire invisible. Et si nous poursuivions cette conversation en marchant, maintenant que tu as fini de manger ? Je commence à avoir la bougeotte.

- Pourquoi pas. Si mes pieds nus le supportent !

Nous voilà partis en direction du nord-est, précédés par les cacatoès qui semblent connaître le trajet et qui se posent un peu plus loin pour nous attendre. Jean-Marc m’explique son île. Elle est harmonie totale avec une longueur de trois mille deux cent trente-six mètres, exactement le double de sa largeur. Quant au piton volcanique, il culmine à cinq cent trente-neuf mètres et neuf vallées découpent ses flancs. Elles sont plus ou moins longues et raides selon qu’elles plongent à l’est vers l’océan ou qu’elles s’arrondissent en descendant sur l’atoll. Edéna est orientée nord-sud, comme je l’avais compris en débarquant.

Les cocotiers cessent alors que nous arrivons au bord de la rivière ou plutôt du ruisseau, car une grosse pierre, en son milieu, suffit pour le traverser. Sur l’autre berge commence le jardin potager. S’y entremêlent allègrement plants de tomates et de pommes de terre, de haricots et de pois, pour ne citer que ces espèces au milieu des variétés locales et des arbres fruitiers. Certains plants sont en fleurs, d’autres se fanent tandis qu’une troisième série livre ses fruits. Papillons, libellules ou abeilles se disputent le droit de favoriser les amours végétales, assurant un roulement permanent au milieu de buissons de fleurs aux parfums enivrants. Des sortes de colibris fouillent de leurs longs becs les calices offerts. Tout ce petit monde bruit, siffle, gazouille joyeusement. Nous bifurquons avec la rivière qui remonte un moment vers le nord. Deux couples de lapins font leur apparition. Assis sur leur derrière, ils mâchouillent consciencieusement en nous regardant venir. Jean-Marc se baisse et les caresses l’un après l’autre. Je m’aventure à en faire autant et ils me laissent agir sans rechigner.

Maintenant le petit cours d’eau s’incurve en direction de l’ouest et nous l’abandonnons pour nous diriger vers une falaise qui se dresse, cassure, au-dessus de la végétation. Un sentier serpente sur la droite. Les lapins s’y engagent, escortés par les cacatoès qui progressent par petits coups d’ailes. À mi-hauteur, une saignée irrégulière d’environ deux mètres de haut et de profondeur entaille la falaise sur toute sa longueur. Elle a la forme d’un U couché, ouvert à l’ouest. La partie haute avance nettement, en surplomb. Au milieu, l’œil distingue un trou clair que Jean-Marc me dit être l’entrée d’une grotte. En avant de cette ouverture deux cocotiers se projettent dans le vide. Un hamac est suspendu entre eux, abrité sous l’avancée rocheuse. Le sentier conduit jusqu’à l’entrée de la saignée. Jean-Marc reprend ses explications tandis que nous nous y engageons :

- C’est ici que je me réfugie lorsque la pluie arrive. Elle n’est jamais bien forte, mais relativement fréquente tout de même.

- Mais il y a aussi des tempêtes sous cette latitude ! Que risque le matériel, sous les cocotiers ?

- Les tempêtes ne passent jamais sur l’île. Elles s’arrêtent sur les récifs. Rien de destructeur ou même simplement de néfaste, ne peut nous atteindre. Une barrière invisible nous entoure et nous protège. Elle n’est traversée que par des éléments modérés et bienfaisants. En fait, c’est exactement comme si Edéna était placée sous une cloche filtrante. Le spectacle d’une tempête, vu d’ici, c’est quelque chose, je te le garantis ! J’ai même vu passer quelques cyclones qui ont enveloppé l’île sans dommages. J’ai eu peur les premières fois. Depuis, je sais que rien ne peut arriver qui n’ait été voulu. Cela concerne même les tremblements de terre. Quant au matériel, en bas, il ne risque rien, à l’exception des fourrures qu’il suffit d’abriter de la pluie sous les claies.

- Les tremblements de terre eux-mêmes ne peuvent rien ?

- Même eux, Antoine. Voici l’entrée de la grotte et, en avant, mes cocotiers personnels. C’est moi qui les ai plantés, dans les anfractuosités de la roche, en pensant qu’ils iraient vers la lumière et que je pourrais y suspendre le hamac sauvé du naufrage. Comme tu le vois, cela a parfaitement réussi. Regarde, nos amis à plumes et à poils pénètrent dans la grotte. Si nous en faisions autant ?

Je m’avance à la suite du dernier lapin. L’entrée est carrée. De l’autre côté, il ne fait pas sombre. J’entre. C’est immense et il fait aussi clair qu’au-dehors.

- Je ne comprends pas, une fois de plus !

- Je voulais te laisser la surprise. C’est beau, n’est-ce pas ?

Jean-Marc susurre comme un gamin heureux. Il dit vrai. C’est beau et c’est tellement clair alors qu’il devrait faire sombre ! Pourtant aucune ouverture n’est visible, en dehors de l’entrée. Je demande :

- Encore un coup de tes amis d’ailleurs ?

- Nos puissants amis ont appliqué un revêtement de microscopiques réflecteurs sur toute la paroi de la caverne. Ces réflecteurs se renvoient la lumière qui pénètre par l’entrée et, ainsi, cet endroit vit au même rythme que le reste de l’île. Lorsque le Soleil se couche la lumière s’éteint. Si la fin du jour se fait sur un horizon rougeoyant, le crépuscule entre dans la grotte avec des variations de couleurs reproduisant celles du coucher de soleil. L’effet est enchanteur. Par ailleurs, la nuit n’est que très rarement totale, entre la Lune et les étoiles il y a presque toujours assez de clarté pour pouvoir se déplacer sans avoir à allumer. Car il y a aussi de l’éclairage artificiel. Des panneaux solaires sont installés au-dessus de la falaise. Pour allumer, il suffit de passer la main devant une sorte de cellule photoélectrique placée en haut de l’entrée. Un autre passage de la main éteint. Lorsqu’on allume, certains réflecteurs sont chauffés, deviennent lumineux et propagent leur luminosité. C’est tout simple, finalement.

- Je vois. Ce qui laisse supposer que tu n’es pas forcé de cuire exclusivement au feu de bois.

- J’aime la cuisson au feu de bois, mais vivre sur Edéna ne veut pas dire renoncer à tous les avantages de la civilisation. Il faut savoir garder ce qui est bon et je pourrais tout aussi bien utiliser un four solaire puisque le Soleil fournit l’énergie sur l’île.

- Cette grotte est une cavité volcanique naturelle ?

- Elle l’est et ces sortes de boxes, que tu peux voir sur tout le côté droit et sur une partie du plafond, ont la même origine. Lors du refroidissement, après une éruption, des bulles de gaz ont formé ces cavités qui nous servent de chambres naturelles.

Le sol est constitué de sable extrêmement fin et chaud de couleur ocre. Dans les deux premières bulles, près de l’entrée, il est recouvert d’une grosse épaisseur de fourrures jaunes et vertes. Dans les suivantes, Jean-Marc a disséminé du matériel récupéré sur son yacht. Je vois, entre autres, un transat qui fera bien mon affaire.

Le silence est soudain rompu par les cris perçants des cacatoès qui filent vers le fond de la caverne et disparaissent à ma vue. Surpris je demande :

- Où sont passées les bestioles ?

- Elles sont dans une seconde cavité, plus petite et qui bénéficie aussi du revêtement pour les besoins de l’éclairage artificiel.

- Cette première grotte est déjà bien assez spacieuse, pourquoi se préoccuper d’éclairer la suite ?

- Pour utiliser tout l’espace libre en prévision d’un éventuel regroupement plus important. La deuxième partie de notre « habitation » a une fonction tout éducative. Comme je te l’ai dit, vivre sur Edéna ne fait pas de nous des sauvages. À côté il y a la bibliothèque. Les années qu’il te reste à passer ici ne suffiront pas à épuiser tout le savoir stocké là.

- Des livres ?

- Des livres et d’autres formes de réceptacles de l’information. Tu devrais aller voir.

En entrant dans cette partie de la caverne, je coupe le champ d’une cellule invisible puisqu’un éclairage illumine aussitôt des rayonnages, eux-mêmes couverts de livres et d’objets de tailles variables. Plusieurs étranges appareils semblent en état de veille avec leurs voyants qui clignotent. Derrière moi Jean-Marc commente :

- C’est encore plus surprenant que le reste, n’est-ce pas ? Mais toi tu sais déjà que tu es sur une île très spéciale alors que moi je ne savais rien de tout cela. Imagine un peu ce que j’ai pu éprouver en le découvrant. Et tu ne sais encore rien du contenu ! Tu as devant toi des archives qui vont des premières civilisations jusqu’à nos jours. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent de ce qu’il y a là serait inutilisable sans ces appareils dont tu dois aisément imaginer la raison d’être.

-  Je suppose qu’ils servent à la lecture et à la traduction.

- Ce sont en effet des « lecteurs ». Tu places l’ouvrage de ton choix dans l’espace aménagé à cet effet et la machine le lit pour toi.

- Qui tourne les pages ?

- Il n’y a pas de pages à tourner. Si le texte a déjà été lu, le fait de l’introduire dans l’appareil active la mémoire et le mouvement des yeux le fait avancer, et s’il est placé là pour la première fois il est immédiatement assimilé et régurgité, ensuite, à volonté.

- Ils sont arrivés ici comment, ces livres, parchemins et autres supports ?

- Par nos amis les extraterrestres, évidemment, Antoine. Il n’y a pas d’autres possibilités. Comment penses-tu qu’un objet vieux de deux milliards d’années puisse aboutir dans cette grotte ?

- Et comment penses-tu que je sois en mesure de faire rentrer tout ça dans mon crâne ?

- Mais, en l’acceptant, tout simplement. Toutefois, tu dois bien te douter qu’ici il n’y a pas tout ce qui a été écrit depuis toujours. Tu trouveras seulement des auteurs qui ont marqué leur temps, pour la littérature. Tout le reste, et c’est la part la plus importante, concerne la planète et la vie qu’elle abrite depuis sa création ainsi que tout ce qui a été collecté de vrai sur l’Univers et le cosmos depuis que l’homme est en état de penser.

- De quoi nous démontrer que nous ne sommes qu’une poussière de poussière, une minuscule parcelle du vécu humain ? Je n’aurai effectivement pas assez des quatre-vingt-cinq ans de grâce qui me sont alloués pour être à jour !

- Si les imbéciles, qui sont majoritaires sur Terre, t’en laissent la possibilité !

- Ne gâche pas ma joie !

- Je n’y suis pour rien. Si nous sommes ici c’est justement parce que le temps imparti aux actuels locataires du globe semble devoir être écourté.

- Nous sommes condamnés ?

- J’ai beaucoup « voyagé » pendant mes trente années de présence sur Edéna et je sais que le nombre d’âmes capables de repousser l’échéance fatale diminue un peu plus chaque jour. Pour retourner la tendance il faudrait une élévation de la conscience, une purification que rien ne laisse prévoir. Le mot amour a perdu tout son sens et l’existence de l’homme devient un danger pour la survie de la planète. Le tout est de savoir combien de temps celle-ci va encore supporter notre présence avant de se secouer, comme elle l’a déjà souvent fait.

- Que vont pouvoir faire deux individus pour aider au repeuplement de la Terre, si cela arrive ?

- Soyons sérieux, Antoine, il n’est évidemment pas question d’aider au repeuplement, mais d’éviter que les survivants ne sombrent définitivement dans la sauvagerie. S’il fallait repeupler, il y aurait sur les neuf îlots secrets une population mixte et nombreuse. Edéna, entre autres, le permettrait parfaitement. Tu n’as pas encore vu le reste de notre territoire, mais la partie nord de l’atoll est la plus vaste et elle est couverte de nombreux arbres fruitiers des deux hémisphères. Aucune espèce ne se trouve en grand nombre, cependant l’île peut produire à volonté, si nécessaire, et en faisant un roulement permanent. Un végétal fleuri tandis que l’autre donne ses fruits et que le troisième se refait une santé. Cela dit, tu avais une deuxième question ?

- Oui, je voulais faire allusion à l’absence de femmes sur l’île. Est-il possible que tu aies vécu trente ans dans la plus stricte abstinence ?

- Évidemment pas ! L’être humain n’est pas fait pour exister sans son complément du sexe opposé. C’est l’un des seuls vrais bonheurs sur cette Terre d’évolution et Dieu l’a voulu ainsi. Pourquoi, autrement, y aurait-il une différenciation entre les sexes ? L’homme est là pour exprimer l’amour. L’amour à deux est l’apprentissage de l’amour pour tout ce qui vit, humain, animal et végétal.

- Mais toi, tout seul sur Edéna ?

- Après mon naufrage, je ne suis resté seul qu’un petit mois, à peine le temps de m’habituer à cet environnement. Les fourrures vertes et jaunes sont arrivées en même temps que trois êtres magnifiques, dont deux du sexe qui te préoccupe.

Jean-Marc était devant l’entrée de la grotte lorsque quelque chose avait soudain obscurci le ciel. En levant les yeux il avait reçu l’un des grands chocs de sa vie car un objet de taille gigantesque fondait sur l’île. Le temps de se dire qu’il allait être réduit en bouillie par l’écrasement de ce monstre et celui-ci s’était immobilisé, sa base à peine cachée par les cocotiers. La chute n’avait été accompagnée d’aucun bruit. Revenu de sa frayeur, Jean-Marc s’était élancé, persuadé d’avoir assisté à l’arrivée d’un vaisseau spatial énorme dont la plus grande partie émergeait au-dessus des arbres.

- Tu ne peux pas savoir l’impression que cela fait, me dit-il, d’assister à l’atterrissage d’un engin que l’on sait ne pouvoir venir que d’une autre planète. Au risque de me rompre vingt fois les os, j’ai foncé jusqu’à déboucher sur la plage. Il était là, immense, monstrueux, posé dans le lagon dont il occupait pratiquement toute la surface et me surplombait d’au moins trois cents mètres. Une sphère légèrement écrasée avec des hublots répartis sur sa plus grande circonférence. Entièrement lisse, immobile et totalement silencieuse. Voilà ce que j’avais devant les yeux ! Même la nature s’était tue devant le spectacle. Je me sentais ridiculement petit et faible devant ce gigantisme et pas très fier de ma tenue de sauvage.

- Je crois que j’imagine assez bien la situation.

- Je ne pense pas. Il faut être confronté pour la première fois à la réalité du phénomène pour assimiler ce qu’est vraiment un vaisseau spatial de cette taille ! Tu verras le moment venu.

- Ils sont souvent là ?

- Edéna est leur principale base sur Terre. Ils y séjournent régulièrement depuis qu’ils essayent de faire des races qui se succèdent sur notre globe, des civilisations dignes de ce nom.

- Sans succès ?

- Malheureusement ! Celles qui nous ont précédées, même si elles ont parfois atteint des niveaux fantastiques, n’ont pas été des réussites. Elles ont toujours fini par provoquer des catastrophes ou par se détruire. C’est très rarement que la cause de la destruction est imputable à un cataclysme naturel. Revenons au vaisseau. Entre les hublots, tout à coup, est apparue une ouverture et dans cette ouverture se sont découpées trois silhouettes. Dans le même instant, une pensée s’est insinuée dans ma tête qui disait : « Bonjour, Jean-Marc, bienvenu sur cette île que nous avons décidé de faire tienne. Nous allons te rejoindre. ». Les trois silhouettes se sont alors détachées du navire et, sans aucun support, ont glissé dans le vide pour venir se poser devant moi. Il y avait un homme et deux femmes. Les deux femmes étaient à peu près de ma taille tandis que l’homme mesurait bien trente centimètres de plus. Un vrai géant ! Ils avaient eu la délicatesse de ne se vêtir que de maillots de bain, sans doute pour ménager ma susceptibilité. Des êtres splendides, Antoine, des perfections qui souriaient et paraissaient s’amuser de mon étonnement ! Les deux femmes en particulier, une blonde et une brune, focalisaient toutes mes pensées. Trente ans après l’événement, j’ai encore cette vision devant les yeux ! Le géant s’appelle Aldoban, la brune est Dénahée et la blonde se nomme Solinia. J’avais été incroyablement impressionné par l’énormité du bâtiment, mais ce n’était rien à côté de ce que j’éprouvais devant ces trois êtres dont la présence me subjuguait et qui disaient savoir me trouver sur l’île, comme s’ils avaient été les instigateurs de mon naufrage.

- Tout comme tu as été à l’origine du mien !

- Si l’on peut utiliser le terme de naufrage, en ce qui te concerne. Toujours est-il que je répondais aux critères indispensables pour être admis sur Edéna, critères détectés par eux alors qu’ils partaient vers d’autres cieux et que je quittais Hawaii avec mon matelot. Le reste n’était plus qu’une question d’organisation.

- Et ton libre-arbitre, dans tout ça ?

- Je leur ai posé la question et je me suis entendu répondre que j’étais inconsciemment prêt et disposé. Je me suis alors inquiété du sort de mon coéquipier et Aldoban m’a déclaré, en riant, qu’il ne leur serait jamais venu à l’idée de mettre sa vie en danger et qu’il avait été déposé sur la plage d’une île habitée. Sur ces quelques explications, nous avons quitté les abords du lagon et ils sont restés trois mois pleins avec moi. Ni Dénahée ni Solinia ne m’ont ménagé leur présence, pas plus que leurs consœurs, occasionnelles, par la suite. Voilà pour répondre à ta question sur l’abstinence. Il est même arrivé à l’une de ces merveilles de rester en ma compagnie pendant que les autres repartaient vers quelque mission.

- Est-ce que tu as voyagé dans leur vaisseau ?

- Dans toute la galaxie et sur nombre de planètes, habitées ou non, mais aussi dans le passé de la Terre. Les occasions de sortir de l’existence étroite de l’humain terrestre ne te manqueront pas, tu verras.

- Le programme est de plus en plus alléchant, Jean-Marc. Je vais avoir du mal à patienter !

- Je sais. Pourtant, il va d’abord te falloir bénéficier quelque temps des soins apportés par Edéna, histoire de t’ouvrir l’esprit. Ce n’est pas moi qui te donnerai accès à la connaissance, en tout cas pas toujours. Edéna décidera avant toute intervention de ma part et en fonction de ce que tu seras en mesure d’absorber.

Jean-Marc a raison car je ne dispose d’aucune ouverture d’esprit particulière, pour le moment, et je vais devoir être un utilisateur assidu de l’eau glacée du bassin.

3
mar 2011
Posté dans Romans par lesfablesdechabreh à 11:25 | Pas de réponses »

  Il est tôt. Je viens d’entamer mon troisième mois de présence sur Edéna. Depuis le lendemain de mon arrivée, je prends mon bain de jouvence dès le réveil. Jean-Marc, lui, préfère se baigner juste avant de déjeuner. Ces vingt minutes dans l’eau du bassin me donnent un coup de fouet et font de l’opération une véritable renaissance. Je suis un peu plus fort chaque fois, un peu plus lucide aussi, devrais-je dire, car je sens respirer toutes les cellules de mon corps et jusqu’aux neurones de mon cerveau. J’apprends à écouter vivre cet organisme inconnu, cette usine dont je suis maintenant le vrai patron et qui m’était si totalement étrangère. Jean-Marc dit que c’est par-là que commence l’action de l’île, que c’est en nous apprenant à gérer la vie de notre complexe physique qu’elle nous enseigne le reste, le mystérieux invisible, le corps immatériel. C’est avec passion que je m’adonne à cette étude de mon autre moi, de plus en plus présent, je le sais, même si je ne suis pas encore capable de le discerner clairement. J’en ai plus appris pendant les mois écoulés que durant les trente-cinq années qui ont précédé ma venue.Chaque matin, après être sorti du bassin, et aujourd’hui ne fait pas exception, je m’allonge un long moment sur la plage, tout au bord du lagon. Les yeux au ciel, je cherche à m’intégrer à cet univers qui m’était si peu familier. J’ai souvent la sensation de devenir différent, de me détacher des préoccupations qui étaient les miennes, de m’éloigner de cette humanité longtemps côtoyée et de ses pôles d’intérêt. Est-ce à dire que je me rapproche de Dieu, dont Edéna manifeste l’omniprésence ? Je sais maintenant avec certitude que plus rien ne pourra me forcer à retourner vers cette prétendue civilisation qui surcharge de plus en plus la planète de sa calamiteuse présence.

- Tu viens jouer avec moi ?

Je n’ai pas entendu approcher Jean-Marc dont la diction laisse à désirer ce matin. Je me redresse sur un coude. Mon ami n’est pas là et je réalise, dans le même temps, que personne n’a parlé mais que c’est dans ma tête que les mots ont résonné. J’ai dû rêver car je ne vois pas Jean-Marc me faire ce genre de proposition. Je reprends ma position allongée et aussitôt :

- Alors ! Est-ce que tu vas te décider à venir jouer avec moi, Antoine ?

Cette fois je ne peux plus avoir de doute, quelqu’un m’appelle et cela se passe directement dans ma tête. Pourtant il n’y a toujours personne sur la plage. C’est alors qu’un claquement sec me fait sursauter et qu’une trombe d’eau me submerge. Je me tourne vers le lagon et là, à deux mètres, un dauphin me regarde avec l’air de se marrer. Je le reconnais immédiatement. C’est le grand mammifère marin noir avec les flancs et le dessus de la tête d’un blanc éclatant. Dans le prolongement de mon regard, je vois qu’il n’est pas venu seul. À l’extérieur du lagon, ses comparses nagent calmement. Des mots retentissent à nouveau dans ma tête :

- Vas-tu te décider à bouger et à m’accompagner ?

- Je ne nage pas assez bien pour m’aventurer hors du lagon.

J’ai répondu avant de me dire que parler avec les dauphins, une fois de plus, n’est certainement pas ce que je peux faire de plus sensé.

- C’est pourtant bien moi que tu entends. Regarde les choses en face. Tu es sur le sable, je suis dans l’eau à côté de toi et tu entends des paroles qui ne peuvent venir ni de Jean-Marc, qui n’est pas là, ni d’un autre homme, puisque vous êtes les seuls humains dans le coin. Par conséquent c’est bien moi qui te parle et dont les mots s’impriment dans ta tête. C’est l’île, Antoine, toujours elle. Chaque minute passée ici est une progression dans ta connaissance de la Vérité et dans cette vérité il y a que toi et moi sommes capables de communiquer.

- Je n’avais rien remarqué de ce genre dans la transformation qui s’opère. De toute manière cela ne fait pas de moi un meilleur nageur. Les jeux marins ne seront jamais mon point fort.

- Encore une idée fausse, homme de peu de foi ! Entre dans l’eau et laisse-toi guider.

Tout à coup, il se produit dans ma tête comme un bourdonnement suivi d’un éclair et de nouvelles et nombreuses voix me parviennent simultanément. Ce sont celles des autres dauphins. Je comprends qu’ils se sont tous unis pour forcer un dernier barrage dans mon cerveau. Je m’étonne :

- Cette fois il s’est passé quelque chose qui vient directement de vous. Je vous entends tous.

- Ta voix ne porte pas jusqu’à mes frères. Oublie son existence. Contente-toi de penser ce que tu as à dire et tu seras compris. De plus, cela t’évitera de boire la mer lorsque tu évolueras sous l’eau.

- Moi, sous l’eau ! Tu rêves, ami !

- Pense, Antoine, pense et ne parle plus. Fais-moi confiance si je te dis que tu peux venir me rejoindre et nager sous l’eau. Rappelle-toi l’île et ses pouvoirs. Accepte que des changements insoupçonnés aient pu se produire en toi à ton insu.

- De là à me transformer en dauphin ! Que l’île ait fait de moi un télépathe est maintenant évident, mais cela ne me donne pas les moyens de rester immergé !

- Là encore, tu te trompes. Tu peux maintenant nager avec moi, comme moi, en ne respirant que toutes les vingt minutes.

- Je n’ai pas de branchies !

- Moi non plus ! S’il te faut une preuve viens t’allonger à mon côté et attends d’avoir besoin d’air pour ressortir la tête.

Il a raison. Le plus simple est en effet de tenter l’expérience et je fais ce qu’il a suggéré. Je m’allonge près de lui. Il y a tout juste trente centimètres d’eau et j’ai des difficultés à me maintenir immergé. Quelque chose a effectivement changé car le temps passe sans que j’éprouve le besoin de sortir la tête de l’eau. Je suis maintenant tout à fait à mon aise sans respirer et je regarde autour de moi. Dans son élément, le dauphin semble encore plus grand.

- C’est que je suis réellement grand, tu sais, me dit-il.

- La télépathie fonctionne aussi dans ce liquide ?

- Où serait l’intérêt pour nous si ce n’était pas le cas ?

- Tout ça ne passe pas très bien dans mon crâne ! Je sais que je ne rêve pas, mais j’ai tout de même peur de me réveiller !

- Tu n’as rien de pareil à craindre. Maintenant que la preuve de tes possibilités est faite, allons-nous rejoindre mes frères qui attendent hors du lagon ?

Sous quel prétexte refuser ? Je donne mon accord malgré un restant de réticence au plus profond de moi et je me redresse. Tout naturellement je me mets à respirer et me tourne vers le large. La troupe de cétacés manifeste une certaine agitation et des pensées me parviennent, satisfaites et joyeuses. Chacun a pu suivre mes progrès, manifestement, et je me demande si la distance joue un rôle important dans la communication. La réponse arrive instantanément :

- La distance a effectivement son importance, mais la pensée porte cependant assez loin pour que les kilomètres ne soient pas un handicap. Elle varie selon les individus et l’élément porteur. Tu seras mieux entendu et plus loin hors de l’eau que dedans. Tu viens faire le dauphin en eau plus profonde ?

- Ne faudrait-il pas prévenir Jean-Marc ?

- Je viens juste de l’informer.

- Il faudra que je lui demande s’il a une paire de palmes dans sa réserve.

Je me lance. Je commence à nager comme je l’ai toujours fait, puis je descends sous la surface et me propulse en battant des jambes jointes, pieds tendus, bras le long du corps.

- Tu vas te fatiguer rapidement en bougeant comme ça, me dit mon camarade dauphin, tu devrais nager normalement.

- C’est amusant, j’ai l’impression d’être un poisson. C’est extraordinaire !

- Si tu pensais être un dauphin, plutôt qu’un poisson ? Je te rappelle que nous sommes des mammifères à sang chaud, tout comme toi ; que nous respirons avec des poumons, tout comme toi ; et que nous avons un langage. Pour cette dernière rubrique, je dirais que nous faisons mieux que les hommes car il ne nous est pas indispensable d’émettre des sons pour nous faire entendre.

- Pardon, ami, ce n’était qu’une façon d’exprimer ce que je ressens. Est-ce que tu as un nom que peut prononcer un gosier humain ? 

- Arian. Je m’appelle Arian. Mais le nom d’ami me convenait bien. Aujourd’hui une ère nouvelle s’est ouverte, Antoine, grâce à toi. Tu ne peux encore savoir à quel point je suis heureux. À quel point nous sommes heureux, devrais-je dire, car tout le peuple de la mer est concerné par l’événement. Après plusieurs millénaires de silence, la communication est à nouveau possible entre les dauphins et un homme. Je dis bien un homme puisque tu es un spécimen unique, en tout cas pour le moment. Deux peuples, deux civilisations, qui avaient vécu de concert et que les malheurs de la planète avaient éloignés l’un de l’autre, viennent enfin de renouer des liens vieux de plus d’un million d’années. C’est réellement fabuleux, Antoine, tu es le premier être humain, depuis la fin de Muu, à pouvoir t’entretenir avec nous !

- Que fais-tu de Jean-Marc ? Lui aussi communique avec vous.

- Pas de la même façon. Avec lui nous ne parvenons toujours qu’à échanger des pensées, des concepts, pas des mots. Nous nous comprenons parfaitement, mais nous ne pouvons pas bavarder, comme avec toi. Je pense d’ailleurs que cela va changer du fait de ta présence. Il va évoluer plus vite maintenant que tu es là pour l’entraîner dans la bonne direction. Le cerveau des humains a tellement régressé, au fil des millénaires, que nous désespérions de voir un jour revenir ce temps béni où nous vivions en symbiose.

- Ce temps a vraiment existé ?

- Je t’en parle en connaissance de cause. Nombre de mes réincarnations se sont déroulées à cette époque qui fait figure de légende chez vous. Après le conflit qui a expédié Muu et l’Atlantide par le fond, détruisant leurs civilisations, le cerveau des hommes s’est progressivement fermé. Le même phénomène vous a d’ailleurs également isolés des « Grands Anciens ».

- Qui sont ces « Grands Anciens » ?

- Le peuple des baleines, dont l’intelligence est sans pareille sur la planète et que vous détruisez comme de vulgaires poissons ! Mais assez parlé pour le moment, mes frères s’impatientent et il est temps de mettre tes nouvelles possibilités à l’épreuve. Notre activité préférée est le jeu, avant même l’amour, et ce sera le meilleur moyen de te familiariser avec le monde aquatique.

Ce disant, Arian me propulse hors de l’eau d’un vigoureux coup de tête alors que nous venons de sortir de la passe. Je retombe au milieu de la bande de ses frères, à proximité immédiate d’une masse grise, mouchetée de noir, plus petite qu’Arian et qui se présente aussitôt comme étant Ariana, sa compagne. Les autres sont : Far, Maroé, Aya, Kobé, Vanié, Lourau, Cori, etc., sans que je puisse retenir, ni tous les noms qu’ils déclinent, ni l’aspect de leurs propriétaires. Mais ces noms sentent bon les îles du Pacifique.

- C’est bien normal, me confie Ariana, ces îles sont, pour la plupart, des restes de Muu et leurs noms des souvenirs ancrés dans la mémoire des hommes.  Nous sommes aussi des restes de Muu. C’est tout dire.

Sous moi je vois descendre un grand dauphin à la peau presque bleue. Je le suis et dans le même instant toute la bande se transforme en flèches d’argent dirigées vers le fond. Arian et sa compagne m’encadrent, mais je n’ai aucune appréhension. Je me sens vraiment comme un poisson dans son élément.

L’eau est si limpide et le ciel si lumineux que la lumière nous accompagne. Ce qui me différenciera toujours de mes nouveaux amis, c’est l’absence de sonar. Je ne pourrai jamais me fier qu’à ma vue et à ses limites et c’est bien dommage ! Nous atteignons le plateau rocheux sur lequel se sont accrochés les coraux au fil des millénaires.

- Tu te débrouilles pas mal pour un débutant, me déclare une silhouette plus claire que les autres et qui s’est approchée. Je suis Far. Tu me reconnaîtras facilement. Sous l’eau, je suis le plus clair et en surface, je suis gris-bleu. Et j’ai une échancrure à la nageoire dorsale. Un souvenir de démêlés avec un filet de pêche. Accroche-toi, nous allons exécuter quelques cabrioles pendant que les autres goinfres se restaurent.

Far m’entraîne dans un slalom effréné au beau milieu du reste de la troupe qui s’est attaquée à un banc de poissons passablement affolé. C’est inimaginable ce que ces poissons peuvent être nombreux ! Leur densité est telle, que malgré la rapidité de leur esquive, j’en heurte quelques-uns à chaque virage un peu brusque. La barrière de corail de l’île est un véritable vivier. Une pensée me vient à propos du yacht disparu :

- Jean-Marc m’a dit qu’il n’avait plus trouvé trace de son bateau. Vous n’avez aucune idée de ce qu’il a pu devenir ?

- Oh si ! Il est au fond et personne n’en trouvera plus jamais trace. Tout autour d’Edéna le gouffre qui a englouti Muu est une fosse qui varie entre trois et cinq mille mètres et c’est une profondeur qui nous est interdite.

- Les copains remontent respirer. Tu me tires ?

- À ton service. Accroche-toi bien !

Far pointe vers le haut et se lance. Je me tiens des deux mains. Nous dépassons les autres et jaillissons hors de l’eau. Ma reprise de contact avec la surface est plutôt rude et j’ai bien envie de me frotter les reins. Ça discute ferme autour de moi. Chacun y va de son commentaire concernant ma présence :

- Il se comporte comme un vrai dauphin !

- Cette fois nous sommes sur la bonne voie !

- Fantastique ! C’est le bon vieux temps qui revient.

Etc… Etc… Je comprends toutes les pensées.  Lorsque je serai capable de reconnaître chacun des individus de la bande qui s’agite alentour, je serai presque dauphin, presque frère avec eux !

- Mais tu es déjà notre frère, dit quelqu’un. Un jour tu pourras aussi approcher les « Grands Anciens » et ils te reconnaîtront comme l’un des nôtres.

- Parlez-moi d’eux. Vous avez fait allusion à leur intelligence sans équivalent.

- Retournons d’abord dans le lagon, tu seras tout de même mieux sur la plage. Je vois d’ailleurs Jean-Marc qui nous y attend.

C’est Arian qui reprend ainsi la direction des opérations. Quelques instants plus tard je m’assieds près de Jean-Marc et les dauphins s’installent devant nous. Ils ressemblent aux touches d’un clavier de piano immergé aux trois quarts et mouvant. Arian se lance dans les explications :

- Le peuple des baleines a survécu à tous les cataclysmes survenus depuis que la planète existe et il sert maintenant d’ingrédient pour la confection de vos produits de beauté ! Pourtant, s’il le voulait, il pourrait tout détruire par la puissance de sa volonté et avec l’aide des orques. Un jour, il se sentira menacé dans sa survie et il se pourrait bien qu’il en finisse, une fois pour toute, avec une humanité indigne. Je t’entends penser, Antoine. C’est exact qu’il y a eu des prises de conscience, mais elles n’ont aucun poids en regard du comportement de la majorité des hommes.

Près de moi Jean-Marc est d’un sérieux qui montre bien, même s’il n’est pas en mesure de suivre la conversation dans le détail, qu’il en comprend parfaitement les généralités et que, de toute façon, il connaît le sujet. Et puis, une chose est frappante dans cette assemblée insolite dont tous les dauphins, qui me regardent, ont l’air de se marrer sans arrêt : l’œil rond, comme le rostre, sont perpétuellement réjouis alors que les pensées sont tristes pour ne pas dire funèbres, quand elles sont tournées vers l’avenir. C’est Far, je le reconnais bien, maintenant, qui reprend le flambeau :

- Nos cœurs sont tristes, tu as raison, car votre présence à tous les deux signifie la fin probable de cette humanité jacassante et vindicative. Un jour, plus ou moins lointain, Jean-Marc et toi aurez à participer, seuls ou avec d’autres, à la remise en route d’une population retournée loin en arrière, réduite à un petit nombre et plongée dans la frayeur d’un après-cataclysme. Cela nous désespère. Nos raisons de vivre sont le jeu et l’amour, mais dans la paix. Et c’est loin d’être le cas ! Je suis désolé pour cet intermède lugubre, mais votre présence sur Edéna, si elle est vraiment une bénédiction pour les peuples de la mer, n’en est pas moins un mauvais présage pour vos semblables.

Face à nous, tout le monde hoche la tête en signe d’approbation, comme si les mots utilisés par Far étaient l’expression d’une pensée collective. Jean-Marc est toujours silencieux, attentif. En ce qui me concerne, je suis nettement plus axé sur la connaissance de l’environnement que je découvre que par l’avenir des hommes, alors je questionne à nouveau :

- C’est toi, Arian, qui m’as laissé entendre que baleines et dauphins sont des civilisations intelligentes très anciennes. Je voudrais tout savoir. Est-ce que tu veux bien m’expliquer ?

- Bien sûr ! Tu peux tout savoir. Nos « Grands Anciens », comme nous les appelons depuis toujours, sont apparus dans les eaux de la planète au tout début, dès que ces eaux ont contenu de quoi les nourrir, c’est-à-dire au bout de quelques centaines de millions d’années à peine. Tu vois, pas si récemment que la science de ce siècle le propose. Cela fait au moins quatre milliards d’années et ils sont passés au travers de tous les cataclysmes, qu’il s’agisse de basculements de l’axe des pôles, d’effondrements de continents, de glaciations ou de destructions provoquées par vos prédécesseurs qui n’ont pas su mieux faire que vous. Mais c’est la première fois que des humains s’attaquent à eux, et à nous par la même occasion, de façon systématique ! Cette action destructrice découle de la rupture de tout contact entre les peuples de l’eau et ceux des continents. Comment l’homme pourrait-il admettre que des êtres qu’il compare à des poissons puissent avoir une intelligence supérieure à la sienne ?

C’est un dauphin moucheté, comme Ariana, qui résume :

- C’est ainsi qu’un peuple supérieur risque son existence du fait d’individus à l’intelligence limitée dont la passion première est la destruction !

- Comment t’appelles-tu ?

- Kobé, le seul de la troupe, en dehors d’Ariana, à être moucheté.

- Pourquoi les baleines ne se défendent-elles pas ? Dans le passé, elles pouvaient facilement couler la plupart des bateaux qui les chassaient ?

- Elles le pourraient encore, pour certains, mais elles sont totalement et incurablement pacifiques, Antoine. Elles sont incapables de faire du mal, même pour se défendre. Une menace de destruction de l’espèce pourrait seule modifier un jour cette situation, comme nous te l’avons déjà dit. En attendant c’est encore le souvenir de l’amour qui régnait entre nos peuples, dans le passé de la planète, qui régit le monde intelligent des mers.

- Et vous, les dauphins, mes gentils sauveteurs ?

- Le peuple des dauphins est bien plus récent dans son occupation des eaux, me répond Ariana, et même s’il est infiniment plus intelligent que le vôtre, il n’arrive cependant pas à la cheville des « Grands Anciens », pour utiliser une expression très humaine. Notre apparition remonte à l’arrivée des premiers hommes sur le continent Muu, il y a un peu plus d’un million d’années. C’est peu, comparé aux baleines qui occupent les océans, sans coupure, depuis toujours. Il n’est pas possible d’en dire autant des hommes dont les civilisations n’ont jamais été au-delà des catastrophes qu’elles ont, elles-mêmes, souvent orchestrées.

- À t’écouter, il y a eu de nombreuses civilisations humaines.

- C’est le cas. Les occasions d’y revenir ne manqueront pas. Pour l’instant retiens simplement que les baleines sont les plus anciens habitants intelligents actuels de la planète. Elles sont suivies des dauphins puis des sirènes, pour ce qui est du domaine maritime. Sur la terre ferme, et contrairement à ce qui est communément avancé, l’homme n’a pas fait son apparition avec les hominiens ou autres hominidés reconnus. Les premières présences humaines se comptent aussi en milliards d’années, mais avec des durées très variables et surtout de très longues interruptions entre chaque « race-mère ». Des expériences ont aussi été faites avec des hommes-oiseaux, des hommes-chevaux et d’autres êtres qui ont provoqué la naissance de toute une mythologie. Toutes les civilisations se sont détruites, malgré les tentatives des extraterrestres et des Immortels pour les aider. Quant à celles qui n’ont pas été directement responsables de leur disparition, elles ont toutes été éliminées par des catastrophes naturelles. Au début de l’actuelle  « race-mère » il y a même eu une civilisation humaine de la mer. Elle s’appelait Océambre.

- Un nom qui donne à rêver. Mais tu as cité des amis immortels ?

- Jean-Marc t’en a certainement déjà parlé. Ce sont eux qui sont à l’origine de tout, ici.

Jean-Marc hoche la tête et confirme :

- Je ne connais pas le nom de cette jolie dauphine qui t’informe, mais je crois avoir compris qu’elle parle de nos amis les extraterrestres.

- Ils vivent si longtemps qu’il est possible de parler d’immortalité à leur sujet ?

- Ils sont vraiment immortels, mais ils sont les seuls dans la galaxie, les seuls à ne pas avoir subi le péché originel. Ils ne peuvent mourir que par accident. Je lis en toi tout le scepticisme déclenché par mes paroles, mais cela ne change rien à une réalité que tu pourras te faire confirmer par les intéressés eux-mêmes.

- C’est fou ! Je vais devoir te réclamer une foule de précisions. Autre chose. La jolie dauphine s’appelle Ariana et elle me disait que tu n’avais pas encore le pouvoir de lire dans leurs pensées. Alors, comment se fait-il que tu lises en moi ?

- Je ne peux pas lire clairement dans les pensées des dauphins, mais j’y arrive mieux avec toi. Les images dans ta tête sont les mêmes que dans la mienne. D’ailleurs je comprends plus facilement nos amis lorsque tu es là. C’est comme si tu servais inconsciemment de relais.

Je reste songeur. Les amis aquatiques finissent par trouver le temps long et c’est Arian qui me relance :

- Il est possible de te ramener au présent ?

- Pardon ! Vous avez encore d’autres choses à m’asséner ?

- Non, non. Je voulais juste te dire qu’il nous est venu une idée séduisante.

- Une plongée encore plus merveilleuse ?

- Une visite.

- Loin ? Tu sais que la natation me fatigue tout de même assez rapidement.

- Loin, c’est vrai, mais nous te tirerons à tour de rôle, comme nous l’avons déjà fait.

- Que voulez-vous me montrer ?

- Quelque chose qui ne se décrit pas. Quelque chose à découvrir avec les yeux de l’esprit et de l’amour. Pendant le trajet, nous nous emploierons à parfaire ton instruction.

- Impossible de refuser ! Demain ? Je viendrai avec les palmes, cela me facilitera la nage.

- Alors à demain et merci d’être celui que nous attendions.

Sans plus de cérémonie toute la troupe s’éloigne après nous avoir arrosés. Je reste seul avec Jean-Marc qui se lève et fait quelques mètres dans l’eau pour aller prélever un poisson dans le vivier. Le Soleil est haut dans le ciel et je sens mon estomac qui commence à crier famine maintenant que l’excitation est retombée.

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